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Der Blutharsch and the Infinite Church of the Leading Hand + Aluk Todolo + Deutsch Nepal + Bain Wolfkind + Varunna @ Magasin4 (15/03/12)


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#1 l'oxymore

l'oxymore

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Posté 02 May 2012 - 03:00

De passage dans notre plat pays, Der Blutharsch and the Infinite Church of the Leading Hand a courtoisement convié ses sympathisants belges à un forum culturel des plus engageants. Toujours prompt à soutenir ce genre de manifestations, Magasin4 s’est disposé à accueillir en son sein les différentes délégations. Malheureusement, l’auditoire attendu n’a pas daigné répondre massivement à l’invitation. Tant pis pour les circonspects absents car pour ma part, j’ai assisté là à un événement mémorable.

A la demande expresse de Der Blutharsch and the Infinite Church of the Leading Hand même, chaque intervenant est venu y exprimer ses préoccupations personnelles. Aussi, en faisant fi d’une quelconque cohérence thématique, les sujets abordés ce soir-là se sont révélés foisonnants, certes des plus hétéroclites, mais non des moins passionnants.

Affublé de sa guitare seul, le porte-parole de Varunna a vaillamment assumé l’ouverture du colloque. Peu coutumier de ses interventions, mais néanmoins acquis aux causes qu’il défendait, je me trouvais dans l’expectative, attendant patiemment de découvrir les idées singulières qu’il avait à présenter. Mais sa folk sèche et dépouillée, autrement commune, n’est finalement pas parvenue à me convaincre de l’assurance de ses intentions. A sa décharge, je mettrais cette tentative manquée sur le compte d’un rhume persistant qui l’a contraint à écourter sa conférence, lui interdisant dans le même temps d’étaler l’étendue de ses talents oratoires. Et cette occasion gâchée était d’autant plus regrettable que celui-ci afficherait sa verve, précisément à la basse, lors de l’allocution même de Der Blutharsch and the Infinite Church of the Leading Hand.

A l’émissaire de Varunna, a succédé Bain Wolfkind. Micro en main, il est venu comparaître à l’assemblée pour répondre aux multiples critiques proférées contre ses propos fustigés immoraux. En effet, les idéaux prescrits par son rockabilly/ southern rock qui suinte l’alcool bon marché des bars malfamés et exhale la poussière ocre de quelques westerns-spaghettis défraîchis, inquiètent les réserves d’un public bienséant qui l’accuse de cautionner implicitement la débauche et autres dépravations morales. Mais trublion et provocateur, notre gangster-crooner solitaire n’a pas cherché à faire amende honorable ce soir-là ; au contraire, il s’est plu à alimenter lui-même les griefs à son encontre. Comme à son habitude, il a conduit ses manoeuvres retorses sur bandes préenregistrées. Et devant sa rhétorique -pour le moins- originale, je puis comprendre que la frange rock de l’assistance clairsemée ait pu se montrer perplexe. Pourtant, il n’y avait point lieu ; moult accusés jugés dans différentes cours d’assises musicales -hip-hop, reggae, ou encore techno- n’ont-ils pas à maintes reprises recouru à ce système de défense, et qui plus est, ne s’y sont-ils pas vu acquittés suite à de brillantes prestations dramatiques ? Aussi, je reste persuadé que cette audace était à même de servir les lubies de notre agitateur. Mais, à regret, son essai ne s’est pas avéré fructueux. Néanmoins, si un procès lui avait été intenté lors de ce rassemblement, je me serais indiscutablement prononcé en faveur de son acquittement. En fait, le réquisitoire qu’a vainement tenté de dresser ses détracteurs ce soir-là, m’est apparu totalement dérisoire ; pas que les arguments et l’éloquence de notre incriminé aient été si probants (autrement, mes conclusions auraient été bien plus élogieuses), mais parce que les preuves accumulées-là m’ont semblé somme toute inconsistantes, et la polémique soulevée autour de sa notoriété en définitive injustifiée ; je n’y ai trouvé le moindre indice sérieux d’indécence outrageuse. Tout d’abord, les postures tant décriées (une bière à la main, notre réprouvé faisait tournoyer son micro dans l’autre ou mimait de se le carrer dans le derrière), que ses opposants ont probablement jugées lascives et immorales, m’ont paru davantage pathétiques, au mieux risibles. Ensuite, les films rétros projetés à l’adresse de l’audience, avec leurs pin-up partiellement effeuillées, étaient certes polissons, mais ô combien inoffensifs. Bref, l’argumentaire avancée par l’accusation m’a amené à conclure que l’immoralité présumée de Bain Wolfkind était excessivement exagérée, finalement éloignée du tableau sulfureux que la tradition orale populaire m’avait maintes fois dépeint. En somme, au regard des craintes minimes que ses extravagances m’ont inspirées, je n’ai point estimé ses agissements marginaux susceptibles de menacer l’ordre public, et encore moins dignes d’amorcer une controverse passionnante.

Sur ces faits, Deutsch Nepal s’est vu alors incombé l’ingrate mission de rehausser le niveau des débats qui, jusque-là, s’étaient montrés peu captivants. Avec un dark-ambient tour à tour lancinant et oppressant, l’hérésiarque suédois a cherché à convertir à son ordre hérétique les curieux amassés devant son autel. Au rythme des infra-basses sournoises cadençant sa lente et sombre cérémonie, il a propagé des effluves auditifs narcotiques inoculant hallucinations mystiques de quelques phalliques divinités solaires. Ainsi, progressivement, il nous a initiés aux mystères de son culte païen. Du reste, avec ses complaintes funèbres, il a su formuler les incantations ésotériques appropriées pour ébranler ma foi. Et j’avoue que j’aurais abjuré en sa faveur la croyance de mes pères, si d’une part, lui-même n’avait pas troublé son office en admonestant sans cesse ses fidèles pour quelques offrandes alcoolisées, et si d’autre part, la messe noire qui se déroulerait peu après sous mes yeux incrédules, ne m’avait pas gagné à ses hérésies.

A la suite à ce rituel impie était attendu un plus occulte encore, celui de la secte Aluk Todolo. Or, contre toute attente, les représentants de Der Blutharsch and the Infinite Church of the Leading Hand sont montés à la tribune pour prendre la parole. Au grand dam des partisans de la première heure, les allocutions de la soirée ont principalement porté sur leurs préoccupations krautrock/psychédélique rock actuelles, à l’exception faite de la toute dernière qui renvoyait (avec ces sirènes assourdissantes) à leurs propagandes indus/martiales d’antan. J’ai, pour ma part, aussitôt regretté qu’ils n’aient été tentés de retoucher un plus grand nombre d’anciens discours (retoucher afin de les fondre discrètement dans le programme défendu-là). Mais il m’a fallu au fil des discussions échangées post-conférence remettre en question ces critiques car j’y ai ouï dire du contraire. En fait, il est possible (et même fort probable) que Der Blutharsch and the Infinite Church of the Leading Hand les ait tant remaniés que je n’aie pas été preste à les identifier. Néanmoins, pour ma défense, je soutiendrais que cette tâche s’avérait pour ainsi dire malaisée, dans la mesure où les interprètes de Magasin4 étaient -comme à l’accoutumée- si enthousiastes dans leur élan que je les soupçonne d’avoir quelque peu réinterprété (lors de leur traduction en simultané) les propos mêmes de Der Blutharsch and the Infinite Church of the Leading Hand. En effet, si je n’avais été un de ses fervents affiliés, j’aurais pu sans hésitation certifier assister ce soir-là à une harangue stoner ou doom, tant le message adressé à l’assistance y était imposant et appuyé. A ce propos, s’il n’y avait eu les quelques rengaines auxquelles me raccrocher, rengaines par ailleurs fréquemment étouffées par la fougue des guitares et l’exaltation de l’orgue hammond, je n’aurais pu reconnaître une seule des déclarations faites. D’où ma confusion, vraisemblablement ! Cependant, ces vigoureuses réinterprétations (volontaires ou non) n’étaient pas pour me déplaire : ce que la pensée originelle a probablement perdu en nuance et finesse, elle l’a incontestablement gagné en force et vigueur, à un point tel que les annonces faites à la tribune ont aisément exhorté une foule subséquemment déchaînée. En définitive, qu’importait le choix des thématiques retenu par Der Blutharsch and the Infinite Church of the Leading Hand lors de ce forum, l’assurance des convictions manifestées par ses porte-étendards et/ou les traducteurs de Magasin4, a fermement assis ses intentions actuelles et, à elle seule, elle a su vaincre les réticences de ses éventuels sympathisants dubitatifs.

Quant à la conférence d’Aluk Todolo, pourtant formellement annoncée, que s’était-il passé ? La secte avait-elle finalement renoncé à sa participation au forum ? Au regard de l’incompréhension qu’elle a toujours suscitée, il m’était permis de comprendre cette décision. Il est vrai que sa doctrine, d’obédience psychédélique/métallique, n’a jamais fait l’unanimité. Avec leurs concepts et préceptes intentionnellement abscons, puisés dans quelques ouvrages occultes (et non hippies) de rock psychédélique obscur des 60’s, et leur vocable âprement saturé de distorsions, inspiré par les crasseuses tournures expressives de certains recueils scandinaves de black-metal, ses essais philosophiques ont souvent été éreintés par la critique, connotés -à juste titre ou non- poussifs et excessivement répétitifs, hermétiques voire repoussants car dénués d’accroches évidentes. Mais quelles qu’aient été les considérations faites à son encontre, ses adeptes ont bel et bien pris part à la soirée ; seulement, pour une question d’organisation, leur intervention s’est vue différée. Ainsi donc, sous le patronage du sinistre mage Aleister Crowley, ceux-ci sont venus à cette assemblée avec la ferme intention de célébrer leur messe noire. Dans une pénombre savamment entretenue par quelques chandelles électriques éparses, derrière un voile de fragrances narcotiques fumantes, sans une seule incantation, et sur une lente et pesante cadence de percussions métronomiques, ils ont rapidement instauré une ambiance solennelle. En fait, les litanies composées par les vibrations de leurs cordes démoniaques cherchaient moins à bercer l’auditoire de mélopées saillantes qu’à y convier les ténèbres environnantes. Et ces forces infernales, merveilleusement réverbérées sous les voûtes de la nef de Magasin4, s’insinuaient directement dans la chair et le sang, pour ensuite mieux prendre possession de l’âme. Aussi, au cours de cette sombre liturgie, j’ai fini par cerner les desseins véritables de la secte : point initier les éventuels disciples avec quelques formules flatteuses ou accrocheuses mais tenter de posséder ceux-ci avec des fluides auditifs volontairement répétitifs, voire subliminaux. Après cette expérience singulière, à ceux qui jugent les traités d’Aluk Todolo fastidieux et obscurs, je ne leur prodiguerais qu’un conseil unique : ne pas s’arrêter à ces seules lectures, mais assister personnellement aux célébrations de ses officiants car, selon moi, celles-ci génèrent les conditions optimales pour qui désire sincèrement saisir la portée profonde de cette philosophie. Mais avant de conclure tout ceci, il me reste quand même un sérieux regret à formuler : puisque les délégations de Der Blutharsch and the Infinite Church of the Leading Hand et d’Aluk Todolo étaient toutes deux présentes ce soir-là, il était fort regrettable qu’elles n’aient discouru ensemble un extrait de leur œuvre commune. Car une telle occasion, je ne suis pas assuré qu’elle puisse se reproduire de sitôt.

Finalement, après une amorce plutôt délicate, à partir de la conférence de Deutsch Nepal, et ce, jusqu’à l’apothéose qu’a représenté celle d’Aluk Todolo, les débats ont progressivement gagné en intérêt et intensité. Aussi, malgré mes assertions chicaneuses, je n’ai regretté un seul instant ma modeste participation à ce forum. A ce propos, en guise de conclusion, j’aimerais ici glisser quelques mots à son organisateur ; je souhaiterais louer son heureuse initiative et l’en remercier franchement (malgré notre léger différent) avec l’espoir que ses attentes déçues ne le dissuade pas d’imaginer dans un futur proche d’autres événements culturels de cet acabit.
Ce n'est pas ma façon de penser qui a fait mon malheur, c'est celle des autres.

DAF de Sade.





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