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The Olivia Tremor Control - Psyche déjanté et mélodique


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3 réponses à ce sujet

#1 Greenfield

Greenfield

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Posté 07 January 2015 - 12:18

Une interview du groupe qui était parue dans Magic en 1999.

 

 

Entrevue - avril 1999 de The Olivia Tremor Control Drôles d'oiseaux. The Olivia Tremor Control, collectif américain amateur de pop bizarroïde, dévoile sur son nouvel album Black Foliage un ramage à la hauteur d’un plumage plus qu’intrigant. Soit un projet fou : revisiter en s'amusant trois décennies d'expérimentations tordues, du psychédélisme à l'électronique, de Syd Barrett à Brian Eno, des Beatles à Pierre Henry. Enquête.

[Edit : Nous mettons en ligne cette rencontre treize ans après sa publication originelle pour rendre hommage à Bill Doss, dont on a appris le décès le 31 juillet dernier].


Panique dans le métro : en cette morne mâtinée de mars, deux hurluberlus américains s'amusent comme ils peuvent dans un wagon bondé. Leur arme : deux gros magnétophones planqués dans les poches de leur veste. Leur tactique : s'asseoir près d'un quidam et, discrètement, balancer le volume à fond les manettes, faisant sursauter l'usager somnolent, pas prêt à subir les parasites soniques d'une cassette de Fennesz ou de Farmers Manual. Ainsi, Bill Doss et Will Hart, étranges représentants de la secte The Olivia Tremor Control, se comportent en collégiens attardés. On les sait farfelus, depuis leur premier album d'il y a trois ans, Dusk At Cubist Castle, ce vaste manifeste psychédélique aux vingt-sept chansons, puisant dans la pop baroque des 60’s. On les découvre ici à Paris, en gamins émerveillés devant l'édifice pompidolien de Beaubourg et surexcités par le nombre de disquaires implantés dans le quartier des Halles. Musicalement, The Olivia Tremor Control s'intéresse à tout : un vieil album de Kraftwerk ou de Kim Fowley, les dernières productions des labels de techno radicale comme Mego et Chain Reaction ou la musique contemporaine les entraînant d'ailleurs jusqu'à L'Ircam, ce laboratoire dédié aux recherches électro-acoustiques. La critique voudrait enfermer ce groupe dans le rôle de musiciens maniaques, passant leur vie en studio, comme des savants cherchant la greffe unique (“Et si on implantait de l'ambient chez John Lennon ?”), le microbe qui s'attaque à l'organisme sain d'une mélodie traditionnelle, tentant la camisole chimique sur une pop song inoffensive. Tout cela est vrai. Mais, en plus, Bill et Will sont de joyeux drilles, la tête remplie de musique.



ESPOIR
The Olivia Tremor Control, entreprise spécialisée dans la déconstruction de chansons, est, osons le mot, un groupe psychédélique ou tout au moins qui tente de l'être à l'aube de l'an 2000. Pari difficile : les années 60 libératrices, l'utopie des activistes pop et les drogues lysergiques ont définitivement disparu. Pourtant, à Athens, Georgie, on a la mémoire longue. Dans cette “petite ville où toute la vie tourne autour du campus étudiant”, on se passionne depuis longtemps pour les vieux grimoires (Rubber Soul, Pet Sounds, Fifth Dimension…) et les antiquités (Beatles, Byrds, Beach Boys…). Athens possède même sa success story, celle de R.E.M., natif de la ville. “On ne rencontre là-bas que des étudiants qui sont tous dans des groupes de rock, l'espoir fait vivre ! Mais regarde, The Olivia Tremor Control existe depuis six ans et nous vivons encore de nos petits boulots”, soupire Bill Doss. Même si la formation possède un don pour la mélodie biscornue et le refrain salvateur, on la voit mal accéder à la notoriété grand public, “à moins qu'une fois dans l'année, tous les Américains fument ensemble un gros joint : là, on pourrait être numéro un.” Ce groupe prend un malin plaisir à tout compliquer : un disque tous les trois ans, rempli à ras bord de chansons floues, elles-mêmes insérées dans la trame d'un concept abscons. “Si nous n'avons sorti que deux disques en six ans, ce n'est pas que nous soyons paresseux mais surtout terriblement perfectionnistes. Nous pensons longuement aux concepts des albums. Nous ne voulons qu’ils ne soient constitués que d'une suite de chansons.” Dusk At Cubist Castle, réalisé en 1996, est sous-titré “musique pour un script de film non-réalisé”. Rien de bien compliqué, il s'agit surtout de la bande son d'un film imaginaire avec les Beatles dans le premier rôle et tous (oui, tous) les acteurs pop de cette époque en “invités”. “On l'a enregistré sur une période de quatre ans, ce qui nous a donné cette image de laborantins. Quand on a eu un contrat avec un label, on lui a amené toutes nos bandes. On ne savait pas quelles chansons choisir. Cela nous a pris deux ans et demi pour assembler notre disque et déterminer quels étaient nos titres préférés : il y en avait plus de trente !” Selon ses auteurs, le nouvel album Black Foliage aurait dû être plus expéditif, moins chichiteux dans ses détails, un vrai disque de pop simple et apaisée. Bien entendu, il se révèle être tout le contraire.

MIGRAINE
Le concept est cette fois-ci purement technique : prendre la chanson titre (Black Foliage) puis la découper en tranches, sampler chacun de ses éléments et, à partir de là, construire d'autres morceaux, eux-mêmes susceptibles de subir le même sort. “Cela nous semblait intéressant d'expliquer comment nous travaillons et à partir de quelle idée de départ nous avons envisagé Black Foliage. Et aussi pour éviter les critiques qui pourraient dire que nous ne sommes qu'un groupe pop qui habille ses chansons avec de petits effets pour passer pour un groupe expérimental. C'est plus compliqué que cela quand même.” Car, dans leur délire – c'est vrai, pourquoi passer autant de temps à se torturer l'esprit –, The Olivia Tremor Control possède sa propre logique : ayant tout appris de leurs grands frères psychédéliques, le groupe se tourne avidement vers d'autres terrains de jeux, comme le triturage de sons via l'électronique et la musique contemporaine dite “concrète”. “Il nous fallait expérimenter avec notre passé pop”, soutient Bill Doss, “quitte à prendre des directions hasardeuses comme rester bloquer sur une suite de sons bruts pendant quinze jours… Tout ce qu'il nous en est resté fut une migraine carabinée !” Et c'est bien ce qui pourrait guetter l'auditeur s’il traîne ses oreilles sur la dizaine de minutes de The Bark And Below It, suite de bruits divers à ne passer que sous avis médical. “On a en fait juxtaposé les samples de tous les titres qui étaient sur l'album. Cela donne cette suite décousue qui s'inspire de la musique concrète. Nous avons découvert cette musique au travers d'autres disques, sans doute des noms au dos d'un album de Sun Râ ou de Pink Floyd. Même les Beatles s'en sont inspirés. Tu savais que c'était Paul McCartney qui avait fait découvrir Stockhausen à Lennon ? Le lendemain, il composait Tomorrow Never Knows.” Heureusement, Black Foliage n'emprunte que rarement ce chemin tortueux, préférant la plupart du temps batifoler vers le bucolisme pop de ses aînés Love ou le romantisme décalé des Zombies. Au bout des 70 minutes de ce disque fou, il reste quand même cette impression d'avoir écouté une centaine d'extraits de notre discothèque idéale, mais en accéléré.




ACCORDÉON
Reste tout de même à élucider quelques mystères, notamment concernant le processus de création au sein du groupe. Éclaircissements avec Bill Doss : “Nous sommes cinq personnes en permanence dans le studio et c'est le bordel continu. J'aimerais ne travailler qu'avec deux trois personnes à la fois. Nous sommes en plus un groupe tellement démocratique que chacun en profite largement en exprimant une opinion différente. On passe autant de temps à discuter qu'à enregistrer. Et même si on s'engueule peu, personne ne s'est jamais fâché dans le groupe. Pas d'ego dans The Olivia Tremor Control, ce qui peut poser des problèmes lorsqu'il s'agit de vendre des disques. Chez nous, les batteurs savent également jouer de l'accordéon. Ce n'est pas un argument de vente.” La suite avec Will Hart : “Nous nous auto-suffisons en tant que groupe. D’ailleurs, cela en devient dangereux. Nous sommes aussi ingénieurs du son, producteurs, mixeurs, etc… Lorsqu'on a besoin d'avoir un avis extérieur, on se tourne vers nos amis, qui sont aussi des musiciens, des gens de Neutral Milk Hotel ou The Apples In Stereo. Ils ont été très proches, notamment pour notre premier disque. C'est pour cela que la production est créditée Elephant Six, un collectif qui inclut entre autres nos trois groupes.”The Olivia Tremor Control parle de son studio comme d'un lieu magique et créatif. Bêtement, on imagine un genre de cathédrale technologique et futuriste qui engendre des albums monstrueux. On l’avoue à Bill et Will, qui aussitôt se marrent comme des baleines. “En fait, c'est notre chambre à coucher que l'on a transformée. Notre matériel est tellement cheap qu'on doit souvent l'amener à réparer. À chaque fois qu'il tombe en panne, on devient fou. Heureusement, pour le prochain disque, nous sommes ravis d'abandonner notre vieille console puisqu'on va enregistrer avec un studio seize pistes digital. Le rêve. Cela va nous permettre de renouveler nos idées”.

PS. À propos du collectif Elephant Six“Le psychédélisme n'a pas vraiment disparu, mais The Olivia Tremor Control se sent un peu seul. Heureusement, les gens d’Elephant Six sont là.” Ce grand mammifère ongulé est en fait l'emblème du studio d'enregistrement que se partagent les amis et voisins du groupe. Le grand manitou s'appelle Robert Schneider, des Apples In Stereo, qui depuis a fui Athens pour s'installer à Denver. Il a de fait produit le premier album des Tremor Control et leur a montré la voie concernant les techniques d'enregistrement. Fier de ce parrainage, le groupe a ainsi construit sur ce modèle son propre studio à Athens, accueillant pour des sessions ses amis de Neutral Milk Hotel (un album), The Music Tapes mené par Julian Koster (premier disque à paraître), Of Montreal (inconnu), Elf Power (idem), The Gerbis (pas mieux), tous ayant participé à Black Foliage en apportant chacun un instrument différent et si possible “non répertorié”. Elephant Six sert aussi d'abri au projet de Black Swan Network, où l'on retrouve nos amis… Will et Bill. “On a enregistré pour le compte d'un petit label australien, Camera Obscura. C'est un disque instrumental et électronique, de la ‘late night music’. C'est une forme de cut-up, entre Pierre Henry et Stockhausen”. Glurps ! Chers importateurs, à vous de jouer.

#2 RabbitInYourHeadlights

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    Poxvirus Lapinus

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Posté 07 January 2015 - 14:57

Pas certain que ce groupe ait sa place dans les "découvertes" sur ce forum, mais ça fait toujours plaisir d'en réentendre parler.



#3 Greenfield

Greenfield

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Posté 07 January 2015 - 18:11

Oui c'est une "vieille" découverte.

La section "indie rock band" est peut être plus adaptée.



#4 RabbitInYourHeadlights

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    Poxvirus Lapinus

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Posté 08 January 2015 - 04:18

Disons surtout que beaucoup connaissent et apprécient déjà. :wink: Pas de sujet dédié mais on en a parlé dans pas mal d'autres topics autour du collectif Elephant 6 a priori.






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