Aller au contenu


Photo
* * * * * 1 note(s)

[CHRONIQUE] Ghostpoet - Dark Days & Canapés


  • Veuillez vous connecter pour répondre
3 réponses à ce sujet

#1 Le Mag

Le Mag

    Indie Rock Fanatic

  • Newsers
  • 2629 messages
  • Location:France

Posté 16 September 2017 - 17:35

1. One More Sip
2. Many Moods At Midnight
3. Trouble + Me
4. (We're) Dominoes
5. Freakshow Voir la vidéo Ghostpoet - Freakshow
6. Dopamine If I Do
7. Live>Leave
8. Karoshi
9. Blind As A Bat…
10. Immigrant Boogie
11. Woe Is Meee
12. End Times


Ghostpoet - Dark Days & Canapés

"Can you please explain it clearly to me ? We had it all... now we're dominoes, fall like dominoes" se lamente Ghostpoet sur l'un des titres - (We're) Dominoes - les plus mélancoliques et impressionnistes de ce nouvel album qui n'en manque pas (en tête, le semi-acoustique Trouble + Me qui n'aurait pas dépareillé au tracklisting du fabuleux Laylow de cirKus ou encore Dopamine If I Do, ses pizzicati de guitare baroque et autres violons capiteux à la Gainsbourg de Melody Nelson). Parfois au sein d'une relation, les gens changent, évoluent dans des directions opposées et à un certain point l'équilibre se rompt brutalement, tout ce qui fonctionnait semblant alors marcher de travers sans que l'on sache vraiment s'en expliquer la raison.

Mais parfois au contraire, l'un des individus ne fait que révéler ce qui constituait déjà sa personnalité depuis les tout débuts, à mesure que s'estompe l'idée que son partenaire s'en était alors faite en extrapolant le moindre élément de celle-ci sous l'influence de ses propres attentes et de sa propre sensibilité. Il en va ainsi des récits intimes que partage le Londonien sur ce quatrième opus en 6 ans, comme d'une partie des admirateurs de son Peanut Butter Blues & Melancholy Jam inaugural, perdus en route au gré des métissages d'un musicien qui n'avait pourtant déjà de purement hip-hop, à l'époque, que le spoken word désenchanté et quelques incursions groovesques aux rythmiques syncopées. Depuis, le maniérisme vocal du musicien s'est affirmé, dans une veine à la Jarvis Cocker cachant des trésors de névroses et d'authenticité (cf. ici le tubesque Freakshow, sombre et glam à la fois avec ses chÅ“urs féminins d'un côté et ses synthés dystopiques de l'autre), une vraie batterie et des guitares plombées se sont imposées en compagnie d'arrangements orchestraux amples et lancinants, et le flow s'est peu à peu rapproché du chant à proprement parler, en particulier sur les refrains (cf. ici Live>Leave). Enfin, les derniers oripeaux grime et 2-step des géniaux Cash & Carry Me Home ou Runrunrun se sont évanouis après avoir envenimé les morceaux les plus martiaux (Cold Win, MSI musmiD) du ténébreux Some Say So, I Say Light, qui lorgnait déjà à ses moments perdus sur le rock de chambre (Sloth Trot) ou sur l'afrobeat (Plastic Bag Brain).



Produit par l'ingé son et guitariste Leo Abrahams, collaborateur de Brian Eno, David Byrne ou encore Jon Hopkins qui a pleinement contribué au même titre que les musiciens de studio à la dimension organique de ce nouveau bijou, Dark Days & Canapés fait écho par son titre même et sans ambiguïté au premier sommet sus-nommé. Mais s'il s'avère dans la disco d'Obaro Ejimiwe en être le plus proche en terme de cohérence atmosphérique et d'inspiration retrouvée après un Shedding Skin ouvert aux quatre vents de collaborations indie plus ou moins électriques ou intimistes mais légèrement en deçà de ses prédécesseurs, il témoigne à la fois de l'aboutissement d'une évolution désormais évidente qui s'est faite petit à petit à coups de guitares claires-obscures et d'arrangements spleenétiques à la façon du Pulp du tournant des 00s justement ou des Tindersticks des 90s (avec son piano crépusculaire et ses trémolos de guitare désespérés, Many Moods At Midnight en est ici l'exemple le plus frappant) voire pourquoi pas Talk Talk (influence avouée du beau Blind As A Bat... avec son trio de cordes impressionnistes sur fond de guitare méditative aux accords épurés), et de l'inéluctabilité d'une trajectoire déjà perceptible en filigrane sur un Peanut Butter Blues & Melancholy Jam dont on vantait à sa sortie la digestion aussi intense qu'élégante de tout un héritage bristolien mélangeur, via Massive Attack en particulier - lesquels adouberaient 5 ans plus tard leur compatriote britannique en l'invitant à donner de la voix sur l'excellente face-B de The Spoils, Come Near Me.


Woe Is Meee voit d'ailleurs Daddy G partager le micro avec son disciple avoué le temps d'un western existentialiste à la Jamaïcaine, qu'il habite en seconde moitié de son timbre enfumé, cool et vénéneux à la fois, celui-là même auquel on doit la réinvention du spoken word sur un Blue Lines qui n'a pas manqué de marquer de son empreinte hybridatrice l'ensemble des travaux de Ghostpoet. Entre l'électro-tribal One More Sip en ouverture qu'on jurerait tout droit sorti des sessions d'Heligoland et un diptyque Karoshi/Immigrant Boogie presque trop ouvertement réminiscent de Mezzanine pour ne pas souffrir de la comparaison, les bons génies trip-hop étendent d'ailleurs leur ombre sur une partie du disque et pourtant, jamais Ghostpoet n'aura autant brillé par son idiosyncrasie. Une personnalité qui se fiche bien des étiquettes, du désamour éventuel des fans et des clés du succès : après tout, que la fin du monde soit proche pour de vrai ou qu'on ait simplement affronté l'implosion d'une relation en faisant de son mieux pour en sortir grandi (End Times - et cette fois, dans la rythmique au moins, c'est le Portishead de Third qui n'est pas loin), c'est de soi-même et de personne d'autre que viendra le salut, au terme d'une auscultation de l'intime qui fait toute l'universalité de ce déjà classique Dark Days & Canapés.

Chronique du : 16/09/2017 - par RabbitInYourHeadlights
pour indierockmag.com



#2 elnorton

elnorton

    Indie Rock Mag

  • Indie Rock Mag
  • 3794 messages
  • Location:Jamais très loin...
  • Love:Eels, Radiohead, Sparklehorse, Sufjan Stevens

Posté 17 September 2017 - 12:01

Excellente chronique !

Je suis juste surpris que tu cites en référence HeligoLand et Third tant il me semble qu'ils t'avaient tous deux déçus =)

Sinon, Dark Days & Canapé, il m'a fallu quelques écoutes pour y venir. Moins immédiat que ses 3 prédécesseurs. Plus atmosphérique sans doute. 

Mais à chaque écoute, j'y découvre de nouvelles choses. Sans doute le plus Bristolien de ses disques en effet. Je crois qu'il ne fait que grimper dans mon estime à mesure que je l'écoute et le réécoute.



#3 RabbitInYourHeadlights

RabbitInYourHeadlights

    Poxvirus Lapinus

  • Indie Rock Mag
  • 29868 messages
  • Location:Le dernier terrier sur la gauche
  • Love:GS Herren, RC Lange et DM Stith
  • Hate:Qu'on vampirise mes weekends

Posté 17 September 2017 - 15:32

Je suis juste surpris que tu cites en référence HeligoLand et Third tant il me semble qu'ils t'avaient tous deux déçus =)

 

Oui dans l'ensemble et au regard des doscis respectives des deux groupes, c'est toujours le cas.



#4 cyrod

cyrod

    Indie Rock Fanatic

  • Indie Rock Fanatic
  • 997 messages
  • Location:Paris
  • Hate:les mots de passe

Posté 21 September 2017 - 17:31

Qu'il est beau, ce disque.


couillon de la lune




0 utilisateur(s) li(sen)t ce sujet

0 invité(s) et 0 utilisateur(s) anonyme(s)