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[Discographie] David Bowie


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60 réponses à ce sujet

#16 Ligoa

Ligoa

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Posté 21 April 2006 - 22:14

[i]Donner tant d'émotions sur une si longue durée....
merci aussi pour tant de précisions! je suis fan de ce site! vraiment! que du bonheur! et un juste bonheur!

#17 Pookie

Pookie

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Posté 22 April 2006 - 13:47

(Merci, merci !)


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Aladdin Sane - 1973

Suite au succès de Ziggy Stardust, Aladdin Sane est le premier album que Bowie enregistre en tant que star, en ayant beaucoup de fans impatients à satisfaire. Ca ne le dérange nullement et non content de sortir l'album sans se faire attendre, il se refuse à continuer dans la même veine, comprenant que jouer sur la répétition finirait par figer sa carrière et sa musique en 1972, avant de sombrer dans l'oubli comme d'autres groupes glam-rock de l'époque. Si sa nouvelle persona, Aladdin Sane (jeu de mot sur "a lad insane", "un mec fou"), ressemble assez bien physiquement à Ziggy, psychologiquement il est nettement moins flamboyant, plus sombre et plus parano. Il n'est plus là pour sauver le monde, s'il arrive à se sauver lui-même on se dit que ce sera déjà pas mal. L'album a été écrit sur la route, durant la tournée américaine de Ziggy.

S'il n'y a plus de vraie trame narrative, les thèmes abordés se recoupent et présentent souvent une vision pessimiste du futur, comme sur "Aladdin Sane (1913-1938-197?)" (les dates sont celles des années précédant les guerres mondiales, le "197?" indiquant une possible troisième guerre dans les années 70), ou "Drive-In Saturday" qui parle d'un futur post-catastrophe où les gens doivent regarder des films porno pour se souvenir de comment faire l'amour.

Musicalement, si les traces du glam-rock sont encore là sur certains titres comme "Cracked Actor" ou "Watch That Man" qui rappellent les Stones, l'album étonne le plus sur les titres laissant la guitare au second plan. Le pianiste Mike Garson a rejoint le groupe à la demande de Bowie et son piano constitue la colonne vertébrale de plusieurs des meilleurs titres. Par exemple le génial et surprenant "Aladdin Sane (1913-1938-197?)", où Bowie arrête de chanter en plein milieu de la chanson pour laisser la place à un solo de piano complètement dingue qui dure une bonne minute et demie... avant que la chanson ne reprenne comme si de rien n'était. Le piano de Garson est fabuleux également sur la superbe ballade "Lady Grinning Soul", une gemme oubliée du catalogue de Bowie, qui n'est jamais jouée en concert (ni nulle part ailleurs), pourtant je la trouve magnifique.

Avec ces titres, ainsi que d'autres pépites d'avant-garde telles que "Drive-In Saturday" ou "Time", Bowie signe un album que je compte parmi mes préférés. Mais à l'heure actuelle, il continue de diviser les fans : certains l'adorent, tandis que d'autres sont beaucoup plus mitigés et le trouvent inégal. Commercialement, il rencontre un énorme succès et se classe numéro 1 des charts dès sa sortie.
C'est arrivé avant-hier... Je m'en souviens comme si c'était hier.

#18 Pookie

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Posté 22 April 2006 - 17:42

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Pin Ups - 1973

Durant l'été 1973, Bowie annonce publiquement qu'il compte définitivement tourner la page glam-rock. Lors du dernier concert de sa tournée, il déclare avant d'entamer la dernière chanson à la foule incrédule : "C'est de ce concert dont nous nous souviendrons le plus longtemps, pas seulement parce que c'est la fin de la tournée, mais parce que c'est le dernier qu'on fera.". Beaucoup pensaient qu'il annonçait qu'il arrêtait de faire de la musique, d'où les cris et les pleurs des fans qu'on peut entendre sur l'enregistrement du concert. Mais en fait, il annonçait (de façon assez maladroite il est vrai) que, désireux d'explorer de nouvelles sonorités, il ne jouerait désormais plus avec son groupe baptisé les "Spiders From Mars", à savoir Mick Ronson, Mick Woodmansey, et Trevor Bolder, qui étaient ses musiciens depuis Hunky Dory.

Un dernier album est cependant enregistré dans la foulée avec Ronson et Woodmansey avant de se séparer pour de bon. Cet album est Pin Ups, un album de reprises de chansons chères à Bowie. Les groupes repris sont The Kinks, The Who, Pink Floyd, Them, les Yardbirds, pour citer les plus connus. Un single fut extrait, "Sorrow", reprise d'un hit des Merseys.

Si cet album s'écoute agréablement, il s'agit uniquement de reprises et il n'y a donc aucune "vraie" chanson de Bowie dessus, il ne figure donc pas parmi les indispensables. Une autre critique fréquemment entendue est le manque de variété dans la production, chaque titre ayant le même genre de sonorité, vraisemblablement parce que l'album fut enregistré très rapidement. C'est loin d'être un mauvais album pour autant mais c'est surtout un amuse-gueule pour les fans.

Bowie jouissant toujours d'une énorme popularité, Pin Ups se classe lui aussi numéro 1 des charts.
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#19 Pookie

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Posté 24 April 2006 - 18:57

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Diamond Dogs - 1974

Passionné par le livre "1984" d'Orwell, Bowie a l'idée ambitieuse d'en faire une comédie musicale pour le théâtre. Il se met donc à composer des chansons pour son projet, mais les héritiers d'Orwell lui refusent les droits de l'oeuvre. Les titres écrits se retrouvent à la place sur Diamond Dogs, un concept-album mélangeant l'univers de "1984" à celui de Bowie. La couverture, peinte par un artiste belge, représente la nouvelle persona de Bowie : Halloween Jack, mi-homme, mi-chien, qui vit dans la ville post-apocalyptique baptisée "Hunger City". Pour l'anecdote, les organes génitaux de la bête sont visibles sur les toutes premières éditions de l'album, mais vu le scandale causé, le dessin sera ensuite estompé à cet endroit sur toutes les éditions ultérieures.

Musicalement, c'est le premier album de Bowie à donner une telle impression d'unité, un album où les différentes chansons se répondent et qui, idéalement, s'écoute soit dans son entièreté, soit pas du tout. Il y a d'ailleurs très peu de blancs, la plupart des chansons se mêlant les unes aux autres sans interruption.

L'introduction, "Future Legend", commence par un hurlement de chien qui se perd dans la nuit. Les bruits d'ambiance nous font imaginer une ville futuriste sale et dangereuse, remplie de prédateurs humains ou mutants, où des cadavres jonchent les petites ruelles mal éclairées. La voix de Bowie narre ce futur terriblement noir, puis le riff magistral de "Diamond Dogs" enchaîne directement et vient finalement lancer les hostilités.

Avec ses titres complexes comme l'indissociable "Sweet Thing" / "Candidate" / "Sweet Thing (Reprise)", ballade désespérée en grande partie jouée au piano, ceux à écouter un paquet de fois avant de se surprendre à les fredonner comme "We Are The Dead", et ceux qui, bien que géniaux, boudent la structure classique couplet-refrain-couplet comme "Big Brother", Diamond Dogs n'est vraiment pas un album à singles. Le premier single extrait est "Rebel Rebel", la chanson la moins représentative de l'album, et la seule qui rappelle encore le style des albums précédents.

L'album se termine en se perdant dans l'infini avec un surprenant "Chant of the ever circling skeletal family", qui finit par la répétition ad nauseam de "bruh-bruh-bruh-bruh..." (première syllable de "brother") comme si le vinyle avait sauté.

Diamond Dogs continue la série de numéros 1 pour Bowie, bien que les critiques de l'époque lui réservent un accueil mitigé (revu à la hausse depuis), accusant le projet d'être prétentieux ou reprochant le manque de chansons immédiatement accrocheuses. Il se vend donc bien, mais on sent que Bowie est en train de changer, et que l'entiéreté de son public actuel ne va pas le suivre indéfiniment. Personnellement j'adore Diamond Dogs et le considère comme une de ses pièces maîtresses, à apprivoiser petit à petit.

Modifié par Pookie, 25 April 2006 - 19:38.

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#20 Pookie

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Posté 25 April 2006 - 19:36

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Young Americans - 1975

Disons-le tout de suite, Young Americans, c'est LE virage à 180°. Cet album n'a absolument rien à voir, ni avec Diamond Dogs, ni avec aucun des albums que Bowie a enregistré auparavant. Séjournant temporairement aux USA, il est séduit par l'émergence de la soul et du Rn'B (celui de qualité, pas celui qu'on voit maintenant sur MTV) et explique ce changement de direction brutal en se disant "totalement perméable à son environnement". Même si certains artistes évoluent parfois beaucoup d'un album à l'autre, je n'ai jamais de ma vie été témoin d'un changement pareil, qui plus est en l'espace d'un an.

Le look de Bowie change de façon tout aussi radicale : il a désormais les cheveux bien peignés voire plaqués en arrière, et il vient aux concerts tiré à quatre épingles, portant un veston et parfois même une cravate. Laissant un peu tomber le côté "show", il s'accompagne avant tout de musiciens talentueux comme Luther Vandross, encore peu connu à l'époque, et le guitariste Carlos Alomar, avec qui il entretiendra par la suite une longue collaboration, dans des genres très différents.

Young Americans est bel et bien un album de soul et de Rn'B, au tempo généralement assez lent sauf sur quelques titres, avec un usage intensif du saxophone, et des choeurs féminins accompagnant constamment la voix de Bowie, volontairement plus frêle que sur les albums d'avant. J'aime en particulier "Fascination", vraiment très sensuel et dansant. La production est remarquablement travaillée, et plusieurs nappes d'instruments se superposent. Il y a également plusieurs échos aux Beatles, référencés dans la chanson "Young Americans" avec la phrase "I heard the news today, oh boy" lancée par les choristes, dans la reprise de "Across The Universe", et surtout dans la présence de John Lennon dans les studios, avec qui Bowie co-écrit "Fame", Lennon assurant également les choeurs sur cette chanson.

Cet album reste un ovni de plus dans la carrière de Bowie, semblable ni au précédent, ni au suivant. Il marque le début d'un Bowie légèrement plus discret, dont la gloire est établie, et qui est nettement plus intéressé par l'exploration de sa musique que par sa présence dans les journaux. Si le public anglais ne le suit pas et interrompt sa série d'albums classés numéro 1 (une place qu'il ne retrouvera que lors d'un nouveau come-back en 1980, comme nous verrons plus tard), il gagne par contre grandement en popularité aux USA, où le single "Fame" est un hit. En ce qui me concerne, j'avoue avoir de prime abord détesté Young Americans lors de sa première écoute, mais une fois le choc passé, j'ai finalement appris à l'apprécier et à lui donner la place qu'il mérite avec les autres classiques.

Modifié par Pookie, 27 April 2006 - 19:11.

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#21 Pookie

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Posté 27 April 2006 - 20:02

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Station To Station - 1976

Bowie, toujours aux USA où il est malheureusement devenu accro à la cocaïne, sort ensuite sans trop le promouvoir (à cause de son faible état physique et mental), le chef-d'oeuvre qu'est "Station To Station". Une rumeur entendue régulièrement dit qu'il ne se souvient absolument plus de l'avoir enregistré. La même année, il tournait le film "The man who fell to earth" où il joue le rôle d'un extraterrestre, et c'est une photo tirée du film qui est utilisée pour la pochette de l'album.

S'éloignant déjà de la soul, l'album se dirige plutôt vers la new wave et flirte avec les sonorités de groupes comme Kraftwerk (révolutionnaires à l'époque), faisant un usage intensif de synthéthiseurs. La nouvelle persona de Bowie s'appelle "The Thin White Duke", il a les cheveux blonds, il est maigre à faire peur et a la peau très pâle, et, par ses manières ainsi que par son titre de "duke" (duc), il semble appartenir à la noblesse européenne. Bowie étant peu cohérent lors des interviews, le personnage reste difficile à cerner.

L'album ne contient que six titres, mais leur longueur lui confère une durée identique aux précédents, et surtout, il s'agit de six bombes. La chanson-titre épique qui ouvre l'album, "Station To Station", dépasse les dix minutes. Tout commence par un bruit de train en marche, où vient s'immiscer un clavier lancinant accompagné d'une basse. La chanson démarre petit à petit sur un rythme lent, et, passé la barre des trois minutes, Bowie commence à chanter en introduisant son personnage de Thin White Duke. La cadence s'accélère ensuite assez brusquement vers les cinq minutes, et vire vers un passage beaucoup plus rock et plus entraînant, qui débouche rapidement sur le deuxième refrain musical de la chanson, ponctué par un solo de guitare d'anthologie. C'est un titre génial et inclassable, beaucoup trop long pour être sorti en single (et le réduire à 3-4 minutes ne saurait lui rendre justice), il reste donc à ce jour peu connu chez les non-fans.

L'album enchaîne sur "Golden Years", une chanson disco plus facile d'accès, qui eut du succès en tant que single. Selon la rumeur (jamais confirmée), Bowie voulait l'offrir à Elvis, qui aurait refusé. La première femme de Bowie dit au contraire que le titre a été écrit pour elle. "Word On A Wing" et "Stay" sont deux superbes semi-ballades, toujours accompagnées au synthé. "TVC15", plus rythmé et légèrement plus rock, est irrésistiblement accrocheur, et une autre pièce majeure de ce grand album. On termine avec une reprise d'une chanson romantique enregistrée à l'origine par le chanteur américain Johnny Mathis, "Wild Is The Wind".

Si Bowie est en grande forme artistique, sa forme physique et mentale est désastreuse (j'ai vu des photos de l'époque, c'est à faire peur). Il décide donc après la sortie de cet album de repartir pour l'Europe et de se soigner.

Modifié par Pookie, 02 May 2006 - 09:48.

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#22 Pookie

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Posté 02 May 2006 - 10:31

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Low - 1977

Low constitue le premier volet de ce qui sera appelé plus tard la "trilogie berlinoise" (Berlin trilogy) avec "Heroes" et Lodger. Notons que ce nom est incorrect, puisque seul "Heroes" a été entièrement enregistré et mixé à Berlin... Le vrai lien entre ces trois albums est plutôt la collaboration avec Brian Eno, le père de l'"ambient". Ces trois albums seront peu promus par la maison de disque car jugés trop peu commerciaux, mais sont considérés comme des classiques aujourd'hui.

De retour en Europe, Bowie décide de se reprendre en main, conscient que ses excès ont failli lui coûter la vie. Il délaisse toute aspiration à être une vedette et s'intéresse uniquement à sa musique, évitant les feux des projecteurs. C'est de cet état d'esprit que vient le titre de l'album, Low, accompagné d'une image de Bowie de profil, ce qui donne "low profile" (profil bas).

Le son de Low est électronique, distant, onirique, aérien, d'une perfection glaciale, et rempli de synthétiseurs. La froideur dans le son et dans les thèmes abordés contraste avec les rythmes entraînants et assez rapides de la première face, qui comprend sept chansons plutôt courtes (2 ou 3 minutes). L'ensemble est assez "pop" et facile d'accès, même si beaucoup de place est déjà laissée aux ambiances. Cette face s'ouvre et se termine sur des instrumentaux, et même sur les chansons où Bowie chante, sa voix s'éclipse régulièrement pour laisser la place aux instruments. Le premier single, le minimaliste mais terriblement efficace "Sound And Vision", bien que peu promu, sera un succès inattendu en Angleterre. Je fais une mention spéciale à "Breaking Glass", au riff entêtant et au son de batterie si caverneux, avec sa structure complètement libre et une durée qui n'atteint même pas les deux minutes. Bizarre mais génial.

La deuxième face de l'album est complètement différente, et c'est là qu'on attribue généralement l'influence de Brian Eno pour son côté "ambient". Cette face ne contient que quatre titres, lents, de plus longue durée, tous des instrumentaux ou assimilés (Bowie chantant ici et là quelques paroles obscures). Chacun des titres évoque des endroits que Bowie a visités récemment, et tous laissent à l'auditeur un sentiment de désolation ou d'isolement. Le rythme est léthargique et la structure très libre, rendant cette face étonnamment peu accessible par rapport à la première. Elle devient pourtant hypnotique si on parvient à rentrer dedans.

Low est mal reçu par les critiques de l'époque. Mais à l'heure actuelle, il est considéré comme un véritable album d'avant-garde, a rétrospectivement reçu d'excellentes critiques, et a été mentionné de nombreuses fois comme influence majeure par des artistes plus récents s'étant lancés dans la musique électronique.

Modifié par Pookie, 02 May 2006 - 13:07.

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#23 Pookie

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Posté 02 May 2006 - 15:15

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"Heroes" - 1977

Avec "Heroes" (les guillemets font partie du titre, conférant au mot "héros" un côté ironique) Bowie continue à explorer le terrain qu'il avait défriché avec Low. "Heroes" reprend en gros le schéma de Low, en étant peut-être un brin moins accessible. C'est un album au moins en partie électronique, aux influences telles que Neu! et Kraftwerk, avec ici un côté plus viscéral, moins minimaliste, et un peu plus rock (la présence du guitariste Robert Fripp n'y est sans doute pas pour rien), avec la première face composée de chansons au format plus classique, et une deuxième face composée principalement de lents instrumentaux jouant sur des atmosphères.

Tant dans les paroles que dans la musique, "Heroes" est en général un peu plus optimiste et moins introspectif que Low, Bowie réapprenant à vivre et retrouvant l'usage de ses émotions. La chanson-titre et premier single, "Heroes", est aujourd'hui considérée comme un classique, bien que recevant un accueil discret à l'époque. Sa structure traditionnelle se démarque du reste de l'album qui est plus expérimental, mais elle reste remarquable au niveau de sa production (et pour réellement en profiter, prière d'écouter la version album de 6 minutes et non la version single écourtée) : le soin apporté aux petits détails sonores est impressionnant et régalera les oreilles attentives. La voix de Bowie a ainsi été enregistrée à l'aide de plusieurs micros situés à différentes distances, activés ou non selon les passages, créant différents effets d'écho. La guitare de Robert Fripp a quant à elle volontairement été enregistrée avec un léger feedback, Fripp se tenant lui aussi à des distances différentes pour varier le son obtenu.

"Heroes" est imprévisible de bout en bout, avec par exemple "Beauty And The Beast" qui ouvre l'album de sonorités électro-rock accompagnées de choeurs féminins et de la voix de Bowie qui semble avoir retrouvé son énergie. Mentionnons "Blackout" qui part dans tous les sens et dont les paroles semblent très personnelles, et "Sons Of The Silent Age", avec une rare intensité qui reste contenue mais qu'on sent bien présente. Notons aussi la présence renouvelée du saxophone, qui apporte un plus indéniable à des chansons comme "V-2 Schneider".

La deuxième face est, comme celle de Low, constituée d'instrumentaux (ou assimilés) lents et plutôt sombres. Exception à la règle, un excellent "The Secret Life Of Arabia", très branché disco, qui clôture l'album. Ses airs de mélodie exotique ainsi que son côté second degré préfigurent déjà l'album suivant.

"Heroes", tout comme Low, sort sans grand effort de promotion de la maison de disque, et rencontre un succès satisfaisant sans toutefois se faire trop remarquer.

Modifié par Pookie, 09 May 2006 - 09:31.

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#24 Pookie

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Posté 09 May 2006 - 10:31

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Lodger - 1979

Bien qu'étant officiellement considéré aujourd'hui comme la dernière partie de la "trilogie berlinoise", Lodger a été enregistré en Suisse et mixé à New York... le son est d'ailleurs moins poli que sur les deux autres albums, qui eux avaient été mixés à Berlin, qui possédait à l'époque le summum en matière d'équipement sonore. Le format n'est plus le même non plus : il n'y a plus d'instrumentaux, et le ton se fait beaucoup plus pop et plus léger. Brian Eno est par contre toujours présent, et c'est de loin sur Lodger qu'il a le plus participé aux compositions, y injectant le goût qu'il venait de se découvrir pour les musiques non-occidentales.

Lodger reste à l'heure actuelle un album inclassable, qui divise les fans. Certains y voient un fourre-tout incohérent, d'autres y voient un album expérimental riche, envoûtant, et génial. C'est dans tous les cas un album difficile d'accès, que j'aime beaucoup, mais que je n'ai pas aimé tout de suite. Une des raisons est sans doute le changement constant de rythmes et de styles. Une autre raison est le choix bizarre de l'ordre des chansons : les titres les plus inaccessibles, ceux qu'il faut généralement écouter un paquet de fois avant d'aimer, se retrouvent tous sur la première face. Le très lent et très libre "Fantastic Voyage", par exemple, est un choix curieux comme ouverture. Lodger mérite pourtant d'être réécouté car, sur la distance, il soutient parfaitement la comparaison avec les albums précédents.

Une grande partie de Lodger explore des sonorités "exotiques", sans toutefois prendre ce côté 100% au sérieux. Par exemple "African Night Flight" et son rythme africain, avec Bowie qui parle de façon syncopée plus qu'il ne chante, et "Yassassin", chanson reggae au parfum turc. D'autres titres évoquent le voyage et la liberté, comme "Red Sails" ou "Move On" (qui, musicalement, est "All The Young Dudes" joué à l'envers, une chanson que Bowie avait écrite et donnée au groupe Mott The Hoople en 1972)...

La deuxième face est plus centrée sur la culture occidentale, et est musicalement nettement plus accessible. J'ai un faible pour "DJ", avec son excellente ligne de basse et un solo de guitare d'anthologie d'Adrian Belew, enregistré en plusieurs parties puis monté ensemble. "Boys Keep Swinging", le premier single, doit sa sonorité assez spéciale au fait que les musiciens ont échangé leurs instruments pour l'enregistrer, afin de donner l'impression d'un groupe de gamins qui vient d'apprendre à jouer. J'ai un faible également pour "Repetition", une chanson à la structure simple mais aux sonorités très inventives, avec Bowie qui parle de violence domestique sur un ton délibérément dénué d'émotion.

Malgré plusieurs bonnes critiques, Lodger ne se vend pas très bien (par rapport aux standards de Bowie, s'entend). A cette époque, on pourrait penser que Bowie est entré dans un déclin commercial dont il ne reviendra pas, pourtant il est sur le point d'entamer les années 80 avec un come-back extraordinaire.

Modifié par Pookie, 09 May 2006 - 10:46.

C'est arrivé avant-hier... Je m'en souviens comme si c'était hier.

#25 The Thin White Duke

The Thin White Duke

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Posté 11 May 2006 - 23:44

Excellente discographie et belle initiative ! :P

J'insiste particulièrement sur...

Station to Station.
Effectivement un chef d'oeuvre, c'est un album que je trouve complètement génial du début à la fin ( si ce n'est tvc15 un peu faible ). Bowie est alors au sommet de sa dépression, enfermé dans une villa grandiloquente sur les hauteurs de L.A, il passe ses journées à dessiner des motifs ésotériques sur les murs, conserve son urine dans son frigo de peur qu'on lui jette des sorts, ne fais pas deux pas sans son saladier de coke ( il aurait d'ailleurs converti tout son groupe ), et se nourrit exclusivement de lait et de poivrons... bref ça va très mal pour Bowie qui s'est complètement perdu dans l'aventure américaine. Ajouter à cela son contrat tyrannique avec son producteur qui l'empêche de toucher ses droits d'auteurs, Bowie est au sommet de sa période " malade ". Il a souvent insisté, il est vrai, n'avoir aucun souvenir de l'enregistrement et du mixage de l'album ( l'effet drogue sans doute ). A noter sur cet album le talent inoui de Carlos Alomar à la guitare rythmique, et les guitares solos de Earl Slick, qui fait encore partie du groupe actuel de Bowie. Le piano sur Word on a wing est tout simplement divin ( ou satanique ! ).

Low.
Un chef d'oeuvre là encore, très en avance sur son temps. Imaginez : en 1977, en pleine explosion punk, Bowie est déjà 3 ans dans le futur. Joy Division, The Cure, Echo and the bunnymen, Magazine, Siouxsie, tous les groupes qui feront le post punk, la new wave et la cold wave ont fait leur marché dans Low.
Les rumeurs disent que les pontes de RCA ont fait la grimace en écoutant la première face de ce disque, mais qu'à l'écoute de la deuxième face bon nombre d'entre eux ont fait une crise cardiaque. RCA a même tenté d'empêcher Bowie de sortir ce disque tellement ils jugeaient cet album non-commercial ! ( RCA voulait alors un Young Americans II ... )
Dans la biographie de David Buckley, il est raconté que Carlos Alomar a eu beaucoup de mal à se faire à la méthode " Eno ". Un jour il débarque au studio et voit Eno en train d'écrire des schémas sur un tableau et d'expliquer le concept musical qu'il a en tête pour l'album... Et là Alomar n'en croit pas ses yeux et pête les plombs et dit un truc du genre " Non mais qu'est-ce que c'est que ces conneries ?!! Pour faire un morceau on commence par un riff de guitare, on ajoute la batterie, la basse et puis voilà ! " :P

Heroes.
Bah tout est dit, encore un chef d'oeuvre... :wub: A noter l'excellente prestation de Robert Fripp, et le mixage génial de l'album. Eno est au sommet de son art.

Lodger.
Souvent mésestimé, c'est un disque aussi très précurseur. Pour la petite histoire, Les Talking heads ne s'en sont jamais remis, et sans ce disque ils n'auraient jamais enregistré " remain in light "( produit par eno comme leur deux autres précédents disques ). A noter aussi les guitares stridentes d'andrian Belew, guitariste génial littéralement arraché à Frank Zappa lors d'un de ses concerts par Bowie et Eno !

Enfin bref au sortir de Lodger, le Sieur Bowie avait aligné successivement, tenez-vous bien, 10 chefs d'oeuvre, 10 des plus grands disques de l'ère post-Beatles : The man who sold the world, Hunky Dory, Ziggy Stardust, Aladdin Sane, Diamond Dogs, Young Americans, Station to Station, Low, Heroes et Lodger. Viendra ensuite l'excellent " Scary Monsters " ... Bon après ça se gâte un peu, mais quand même ! :wub:
From horizon to horizon

#26 Pookie

Pookie

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Posté 19 May 2006 - 10:56

3)Les années 80

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Scary Monsters (And Super Creeps) - 1980

Alors que de nombreux groupes entrent seulement dans leur phase "new wave" en 1980, Bowie quitte déjà la sienne et pond encore une fois quelque chose de totalement différent des oeuvres précédentes. Le son est très branché rock, mais contient aussi des synthétiseurs et une multitude de sonorités d'avant-garde. La production est extrêmement riche, et la plupart des chansons regorgent de petits détails, de petites fantaisies sonores qu'on ne remarque qu'en ayant une écoute attentive. Si Eno n'est plus de la partie, cet album marque par contre le retour de Robert Fripp à la guitare.

L'album s'ouvre sur "It's No Game (Part 1)", une chanson des plus bizarres mais qui a un punch incroyable, et qui nous plonge directement dans le délire sonore de l'album. Les guitares hurlent de façon tonitruante, et les parties vocales alternent entre une voix féminine qui récite un texte en japonais et Bowie qui crie à se déchirer les cordes vocales. Les sonorités étranges ainsi que cette production qui déborde d'énergie et d'intensité se retrouvent, de titre en titre, sur le reste de l'album.

Le premier single, qui se classe numéro 1 dans les charts et reste à l'heure actuelle une des chansons les plus connues de Bowie, est "Ashes To Ashes". Le texte fait référence au passé en jetant un regarde cynique sur Major Tom, l'astronaute qui s'égarait dans l'espace dans son premier hit, "Space Oddity". Ici, il est traité de junkie et ne semble plus se sentir si bien que ça dans l'espace. Mélangeant une ligne de basse funky et un synthétiseur au son spatial qui joue cet air aujourd'hui très connu, "Ashes To Ashes" fourmille d'échos, de murmures, et de petits sons géniaux qu'on ne peut entendre qu'une seule fois. Même le timbre de la voix de Bowie n'est pas le même tout au long de la chanson. Cette richesse musicale fait qu'on ne se lasse pas de la réécouter.

Vient ensuite une autre bombe, "Fashion", qui mélange un rythme purement "dance" à une série de riffs de guitares complètement mécaniques et agressifs (et quelques solos d'anthologie). Les paroles, que certains analysent comme une allusion au fascime ou comme une critique de Bowie envers ses imitateurs, sont volontairement ridicules (de l'ordre de "turn to the left, turn to the right, beep beep!"). L'album se termine sur un imprévisible "It's No Game (Part 2)", reprise épurée, calme, et presque acoustique du premier.

Scary Monsters est, de mon avis et de l'avis de beaucoup d'autres, le dernier vraiment grand album de Bowie. C'est une pierre angulaire dans sa carrière, qui lui permet de réaliser un come-back incroyable, le propulsant à nouveau numéro 1 des charts et des magazines (de même que sur MTV où le clip de "Ashes To Ashes" est diffusé en boucle), tout en restant impeccable sur le plan artistique. Cependant, il s'agit bien du dernier "classique", car après ça va commencer à se gâter. Mais après avoir sorti quasiment un chef-d'oeuvre par an pendant une décennie, et ce en se renouvelant sans cesse, on peut difficilement lui en vouloir...

Modifié par Pookie, 19 May 2006 - 11:01.

C'est arrivé avant-hier... Je m'en souviens comme si c'était hier.

#27 Mykeul

Mykeul

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Posté 19 May 2006 - 11:23

J'ai épinglé le sujet, ca serait dommage de passer à côté d'un tel travail !!! :yes:

Suis sur le c*l (sisi c'est un compliment) :P
Une bonne partie de la population ne fait aucun effort de réflexion, et ce n'est pas parti pour s'arranger. Alors ou bien on lutte pour une cause perdue et on y perd sa santé, ou bien on essaie de prendre les choses comme elles sont et de s'y faire. (Franck Zappa)
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#28 Pookie

Pookie

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Posté 19 May 2006 - 11:52

Merci beaucoup :) Je ne m'attendais pas à écrire autant quand j'ai commencé, mais ça me plaît, alors...

edit: Après un petit break, la suite arrive...

Modifié par Pookie, 28 June 2006 - 18:05.

C'est arrivé avant-hier... Je m'en souviens comme si c'était hier.

#29 Carlo

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Posté 26 November 2006 - 18:31

On a pas eu la suite :(
Mais ce serait sympa qu'un modérateur regroupe les posts de la discographie au début du topic :yes:

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#30 RabbitInYourHeadlights

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Posté 26 November 2006 - 22:39

On a pas eu la suite :(
Mais ce serait sympa qu'un modérateur regroupe les posts de la discographie au début du topic :yes:


Ben on attend encore un peu Pookie, autant tout mettre en forme d'un coup... ;)




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