Mais comme le sujet est plus que vaste, je me suis dit aussi que ça serait peut-être pas plus mal de restreindre le champ pour le moment en commençant par le début : soit les pionniers, ceux des années 60 et 70 dont l'influence, pour certains, ne cesse de grandir, notamment auprès de nombre de nos amis du rock indé...
Alors voilà : quels sont vos compositeurs de BO préférés de ces années-là, y en a-t-il que vous aimeriez découvrir et pourquoi, cherchez-vous des informations sur certains d'entre eux, avez-vous des conseils à donner pour aiguiller ceux qui débutent dans l'exploration de cet univers d'une richesse infinie ?... etc, etc, bla-bla-bla, tout ce qui vous passera par la tête tant qu'il ne s'agit pas des derniers résultats de la coupe du monde ou de profiter d'un sujet inédit pour dénigrer les Arctic Monkeys...
Pour ma part, mes compositeurs de BO's préférés sont assez prévisibles (je me limiterai à 10, au moins pour un début...) :
Ennio Morricone : God himself, plus de 500 BO à son actif, du plus intello des films d'auteurs au plus trivial des films de Q, entre lyrisme bouleversant et expérimentations insensées. On lui doit notamment le post-rock et Exit Music (For A Film) de Radiohead, le lyrisme des premiers Isaac Hayes et Melody Nelson de Gainsbourg, l'incroyable premier album de Goldfrapp et des arrangements chez Portishead ou Massive Attack, pas mal de morceaux du We Love Life de Pulp et quelques bribes des derniers Flaming Lips (The Sound Of Failure), Divine Comedy (Count Grassi's Passage Over Piedmont ou l'inédit Guantanamo aux coeurs tout droit tirés de Le bon, la brute et le truand) ou plus récemment Beirut (Postcards From Italy), etc, etc... Pas beaucoup de déchet à priori dans la disco du maître, mais pour citer quelques merveilles particulièrement indispensables, je dirais toutes ses BO pour Sergio Leone mais surtout les indépassables Il était une fois en Amérique et Il était une fois la révolution, Outrages et Mission To Mars pour De Palma, dans un registre plus "ambiance morbide" L'oiseau au plumage de cristal ou Le syndrome Stendhal pour Argento, Mission, 1900, Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (film à voir d'ailleurs, un pur chef-d'oeuvre psychotique, paranoïaque et politique
John Barry : si Morricone est Dieu, alors John Barry est assis à sa droite. Influence revendiquée de Goldfrapp et Portishead notamment, vénéré par les Propellerheads, il a débuté à la fin des années 50 à la tête d'un rock-band jazzy devenu culte et samplé par Fatboy Slim pour sa tuerie de single The Rockafeller Skank, le John Barry Seven. Puis ce fut rapidement la consécration, dès sa BO pour le deuxième James Bond (mais à noter que le célèbre thème de la saga, crédité à Monty Norman, compositeur du premier, James Bond Contre le Dr. No, est en réalité signé John Barry). Il continuera la série jusqu'aux années 80 (ne surtout pas manquer sa BO culte de OHMSS, et son thème chanté par un Louis Armstrong au sommet), et livrera au fil des années des dizaines de BO splendides, de Macadam Cowboy à L'expert, en passant par Le Knack, Quelque part dans le temps, La fièvre au corps, Cotton Club, Out Of Africa ou encore Danse avec les loups pour n'en citer que quelques-unes. Compositeur céleste et mélancolique, dont les cordes magiques qui s'envolent très haut et touchent au coeur ont inspiré les arrangements de nombreux groupes depuis les années 60, il a sorti une merveille d'album instrumental en 1998, The Beyondness Of Things, et en prépare, semble-t-il, un nouveau, avec une jeune chanteuse au timbre exceptionnel aux dires du maître. Une compilation indispensable couvre ses débuts, de 1957 à 1964 : The Emi Years.
Burt Bacharach : LE songwriter, dont les chansons pop (pour Dionne Warwick, Aretha Franklin, Petula Clark, les Carpenters, les Drifters, Tom Jones, Perry Como, Gene Pitney, etc... mais jamais aussi belles que lorsqu'ils les reprenaient lui-même de sa voix enchanteresse de simplicité et de naturel) aussi limpides à la surface que tordues en profondeur sont à ranger aux côtés de celles de Scott Walker. Mais on lui doit aussi les BO magnifiques, à la fois flamboyantes et mélancoliques, de Casino Royale (ahhh !... The Look Of Love chanté par Dusty Springfield, repris notamment par Isaac Hayes puis le Wild Bunch des futurs membres de Massive Attack...
Henry Mancini : Piano And Strings... le titre de cet instrumental, sommet de la BO de La panthère rose, résume bien la musique de Mancini. Des mélodies tellement évidentes que beaucoup ont dû se demander comment ils ne les avaient pas trouvées avant lui, pour des morceaux tantôt délirants tantôt bouleversants de mélancolie voire de désespoir, empruntant au jazz, au twist, à la bossa, à la musique de fanfare, etc, etc... parfois sobres mais le plus souvent à la limite du trop plein sirupeux, juste assez retenus pour permettre à l'auditeur de pleurer sans en avoir honte...
Bernard Hermann : il composa les BO des premiers films d'Orson Welles mais fut surtout le collaborateur privilégié d'Hitchcock le temps de 9 films, de Mais qui a tué Harry ? à Marnie : c'est donc à lui que l'on doit les BO magnifiques de Vertigo, La mort à trousses et Psychose. Il collabora aussi avec Mankiewicz, et surtout avec Scorsese pour Taxi Driver et De Palma pour Sisters et Obsession, les dernières années de sa vie. Compositeur psychotique et puissant, Danny Elfman et John Williams, chacun de leur côté, lui doivent beaucoup.
Lalo Schifrin : le roi de la ligne de basse, des percus et des cuivres, compositeur du thème original de Mission : Impossible et samplé lui aussi par Portishead pour Sour Times, notamment. A ne pas manquer, les BO cultes de Dirty Harry (et aussi Les proies, du même Don Siegel), Bullitt et Opération Dragon (hé oui !...
Nino Rota : compositeur attitré de Fellini, on lui doit pas mal de thèmes somptueux aux mélodies tordues, dont Massive Attack et Danny Elfman, entre autres, revendiquent l'influence. Mais personnellement, ses bandes originales que je préfère sont celles des deux premiers Parrains de Coppola, d'un lyrisme inégalé dans la mélancolie.
Ernest Gold : un coup de coeur... je ne connais qu'une seule BO du bonhomme, mais elle justifie que je le cite ici : c'est celle du film de Peckinpah Croix de fer, totalement bouleversante, sans doute moins pour qui n'a jamais vu cet immense film, mais quand-même. Du coup si quelqu'un a des infos sur d'autres BO composées par ses soins, ça sera pas de refus...
Jerry Fielding : de belles BO pour Peckinpah (La horde sauvage, Les chiens de paille, Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia...) et Clint Eastwood au début de sa carrière (L'épreuve de force, Josey Wales), ou encore celle du bouleversant Johnny Got His Gun de Dalton Trumbo. Toujours méconnu, il mérite d'être redécouvert en dehors du contexte de ces grands films.
Isaac Hayes : difficile de passer à côté des BO de la grande époque d'Isaac Hayes, le cultissime Shaft bien sûr mais aussi et surtout le moins connu Three Tough Guys, d'où Tarantino a récupéré le génial Run Fay Run pour la BO du premier Kill Bill.
Voilà voilà.











