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[Discographie] The Brian Jonestown Massacre


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57 réponses à ce sujet

#16 moiz

moiz

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Posté 18 November 2006 - 21:48

Give It Back ! (1997)

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Propulsé par sa prolifique inspiration, un Anton au summum de son inspiration, le retour de cure de desintox de Jeff Davies et le recrutement de Peter Hayes (qui fondera plus tard BRMC) en troisième guitariste, le BJM s’invite dans un vrai studio (les premiers albums étant autoproduits (Anton affirmait n’avoir déboursé que 17$ pour Thank God For Mental Illness)) et prépare un des albums les plus importants de sa carrière. L’enjeu est de taille, révéler enfin le groupe au niveau national et international, afin d’opérer la révolution tant de fois annoncée par Anton. Le son du studio apporte un coté vraiment professionnel au BJM (au placard le son de l’ampli du petit frère) et on retrouve un Anton carrément euphorique durant l’enregistrement, plus que satisfait de l’ampleur que prennent ses chansons.

Des l’intro, le ton est donné, reprenant exactement le son du début de Come Down des Dandy Warhols sorti la même année puis enchaînant sur un rythme indien si cher au BJM et une excellente chanson super-sonique. Car ce qui important sur cet album en particulier par rapport aux précédents, c’est le son beaucoup plus travaillé, beaucoup plus propre, plus pro. Apres un début d’album aux ambiances indiennes ("Super-Sonic", "Malela", "Salaam"), on rentre dans le vif du sujet, avec des chansons aux riffs destructeurs jubilatoires ("Satellite", "Whoever You Are", "Not If You Were The Last Dandy On Earth", "Number 1 Hit Jam" ou encore l’excellentissime "Servo"). On retrouve sur cet album tous les ingrédients qui ont fait des précédents de véritables bombes, les deux ou trois guitares suivant la maîtresse, l’harmonica maîtrisé, la voix féminine typiquement country de Miranda Lee mais on notera une plus grande mise en valeur de la basse qui joue un rôle fondamental sur des chansons comme "Whoever You Are" ou "Sue", aux riffs astucieusement semblables qui emmène les chansons vers des fins interminablement chaotiques. Matt Hollywood joue encore une fois un rôle dans la conception de l’album, en dehors de ses fonctions de bassiste, il signe un des meilleurs morceaux mais aussi un des plus importants, son titre : "Not If You Were The Last Dandy On Earth" directement en réponse au "Not If You Were The Last Junkie On Earth" des Dandy Warhols, sur Come Down qu’Anton n’avait pas encore digéré ; en elle-même, cette chanson est magistralement drôle, avec son refrain parodiant les cris de dandys et ses « wouhou hou », Anton adore et en profite pour se venger de son vieil ami Courtney Taylor. Une confrontation avec les Dandys, il en rêve, mais pas eux, pourtant Anton réitérera ses provocations à chaque fois qu’il le pourra. Ce qui importe, c’est la musique, et ici elle est très bonne, du début a la fin sur un rythme soutenu progressant avec des chansons démentielles sur un seul plan, d’une durée égale aux autres chansons (l’excellent "Number 1 Hit Jam") qui renforcent le BJM dans son caractère très très particulier, dans son image de groupe a part. Pourtant, pas d’instrumentale sur cet album, toutes les chansons sont porteuses de textes, sur des thèmes sensiblement pareils aux précédentes productions. Jusqu'à la fin, la folie du BJM nous hantera, avec "Servo" au riff d’enfer, a la flûte ingénieuse, un brin hippie, la chanson géniale du matin, qui donne le courage de se lever et d’affronter toute la journée (formidable remède de la rentrée), sûrement une des meilleures chansons du groupe. Et puis arrive cet ovni avec peu de rapport le reste de l’album, malgré l’éclectisme de celui-ci, "The Devil May Care" au ton grave et triste ouvrant sur ces mots : "Say goodbye to mom and dad, the two best friends i’ve never had", composée lors d’une virée déprimante a Portland, elle est remplie d’une multitude d’instruments (mandoline, maracas, synthétiseur analogique etc.) et de plusieurs voix (celle de Matt vient s’entremêler a celles, magnifiques, d’Anton qui varient sur plusieurs octaves), première chanson vraiment triste du BJM, elle est aussi un vrai prémices de ce que sera Bravery, Repetition & Noise et montre une nouvelle facette du BJM. Et, comme sur Thank God For Mental Illness, l’album se termine sur une « chanson-mystere » au nom de "Their Satanic Second Request", discours d’un prêcheur qu’on imagine évangélique mené par une instrumentation mortuaire (didjeridoo, guitare floues) et le clos dans la plus grande confusion.

Give It Back ! est une excellente synthèse des quatre précédents albums et sûrement leur meilleur album, toutes époques confondues, il résume parfaitement et en beauté tout ce qui fait du BJM un groupe d’exception.
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#17 masto

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Posté 19 November 2006 - 12:45

Comme tu le sais Moiz, je ne suis qu'un tout récent converti au BJM. Give it back est l'album qui a le plus tourné chez moi avec Take it from the man. Et ce dernier reste mon favori ! :) Et ta bien jolie chronique du jour n'y changera rien ! ;)
The world won't listen

#18 moiz

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Posté 19 November 2006 - 18:49

:lol: J'ai déja lu plein de fois (notamment dans Rock & Folk, quels cons) que Give It Back! était un album pourri alors que c'est mon préféré, certains disent que c'est Their Satanic Majesties ou Take It From The Man! qui sont les meilleurs albums, yen a meme qui vont jusqu'a dire que leur carriere s'est arrété a Methodrone... En gros, c'est mon point de vue et avec le BJM, on peut en avoir des tres différents.
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#19 moiz

moiz

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Posté 26 November 2006 - 14:29

Strung Out In Heaven (1998)

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Après la sortie de Give It Back ! et de son succès, le BJM part a la conquête de tout le pays (ils iront même jusqu'au Japon), la tournée connaît évidemment de tumultueux événements mais continue quand même. Courtney Taylor viendra jouer avec eux pendant quelques dates avant de rejoindre son propre groupe (qui se méfie alors des dangereux junkies). Le grand événement est évidemment leur passage a New York, dans le metro (ou ils feront un carton !) puis trois soirs d’affilée dans des clubs de la ville. Un tout jeune employé de TVT Records, alors un des plus puissants label indé des Etats-Unis, qui ne connaît rien de leur réputation les remarque et propose un marché a Anton. Leur contrat sera finalisé par Joël, les perspectives financières étant importantes. TVT choisira de financer un studio pour Anton plutôt que de l’y emmener. Le seul hic, et la cause principale de la médiocrité de l’album est la rechute d’Anton dans la poudre qui le rendra quasiment improductif. Contrat oblige, ce sera Matt qui composera la plupart des chansons pour Strung Out In Heaven. Mais Matt n’a pas le talent d’Anton et lui laisser les manettes pour un album concoure à de nombreux risques, ils n’ont pas le choix.

La première chanson offre pourtant une perspective respectable, avec ce "Going To Hell" digne d’une chanson moyenne de Take It From The Man ! On retrouve toujours la même structure musicale, mais il y a quelque chose de différent, de spécial. Anton manque. Et Anton c’est la quasi-totalité du BJM. Dans l’ensemble, on pourrait dire que c’est un album du BJM, mais il y a ce petit quelque chose qui manque, ce truc si personnel, si particulier au groupe, qui en fait un groupe qui se démarque, ce truc là manque cruellement. La production est léchée au possible, ça sent trop la pop gentillette ("Maybe Tomorrow"), il n'y a plus cette ambiance un peu crasseuse d’ampli du petit frère. Ca pourrait être un deuxième Give It Back ! parce que musicalement, il est dans la lignée, mais alors, c’est un mauvais deuxième Give It Back !. Il est parfois entraînant, même souvent, mais trop bien enregistré, il sonne creux finalement, il sonne mainstream, banal, comme un tube radio. On peut croire a la fin du BJM, qu’il ne se relèvera pas après ça, mais personnellement, pour éviter le sujet, je ne considere pas cet album comme un album du BJM parce qu’Anton n’y a pas assez contribué. Quoiqu’on puisse dire sur sa personnalité, il est l’esprit du BJM et sans lui, il ne serait pas ce qu’il est. Et, finalement, il reprendra une partie du concept de cet album, mais en y ajoutant ce grain particulier, pour les albums qu’il fera plus tard. Tout n’est cependant pas a jeter dans Strung Out In Heaven, "Going To Hell" n’est pas si mal, "Jennifer" aussi (on se réjouit d’entendre enfin la voix d’Anton) ; artifice de Matt, "Dawn" et "Wisdom", déjà sortis respectivement sur Take It From The Man ! et Methodrone, apparraissent aussi vers la fin de l’album.

Strung Out In Heaven est sans conteste l’album le plus décevant de la carrière du groupe, et les changements qui suivront sa sortie en seront des conséquences directes.
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#20 moiz

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Posté 28 November 2006 - 12:52

Ya un album que mon disquaire commande et il faut que ce soit Strung Out In Heaven... <_<
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#21 moiz

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Posté 10 December 2006 - 19:54

Bravery, Repetition & Noise (2001)

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Après trois ans d’absence qui suivent une lourde séparation, revoilà le BJM dans les bacs. Ce qu’il s’est passé ? Peu de choses, mais d’une importance capitale dans la carrière du groupe. A la suite de la sortie de Strung Out In Heaven et des tensions qu’il va provoquer, le BJM se sépare après un dernier concert désastreux. Matt le premier. Anton sort avec beaucoup de mal de la poudre et relève la tête, mais la bête est lâchée, sans laisse ou contremaître. Il faut donc s’attendre à tout. Il va sortir deux EPs : Bringing All Back Again, recueil de country folk digne des meilleures chansons de Thank God For Mental Illness (avec, notamment "The Gospel According To Newcombe" et "Arkansas Revisited") et Zero, précédant la sortie de Bravery Repetition & Noise avec ses deux chefs d’œuvre bizarrement non présents sur le LP : "Whatever Hippie Bitch" et "If Love Is The Drug Then I Want To OD". Il se décide enfin, après d’interminables changements de partenaires, à sortir un album. Mais pas n’importe quel album, ce n’est pas un album comme les autres, c’est le premier album d’Anton vraiment tout seul, sans aucun co-compositeur pour interférer à ses idées. Seul Jeff Davies, fidèle guitariste, est resté, mais il ne tardera pas à déserter lui aussi la formation, il est aussi a noter que Bobby Heckser, qui fondera plus tard les Warlocks, participe à cet album en tant que guitariste.

Dès la première chanson, comme à l’habitude, le ton est donné, "Just For Today" est un comble de tristesse, mêlé a la rage, Anton n’a toujours pas digéré la séparation. Avec cette anxiété dans la voix, et ces envolées prenantes, totalement nouvelles dans le son du groupe, qui font frissonner corps et âme. Tout l’album perdure sur ce ton triste et froid, créant un nouvel aspect encore méconnu du groupe. Un aspect qui montre aussi qu’Anton réagit, qu’il cherche à créer, et à créer du bon. En fait, c’est le ton qu’il va garder jusqu'à ses dernières sorties (We Are The Radio). Oui, on peut désormais parler du BJM comme étant le groupe d’Anton ou d’Anton comme étant le BJM, il n’y a plus de petit frère grincheux dans le groupe, le gourou a pris place. C’est à partir de cet album qu’on peut vraiment s’apercevoir du génie d’Anton, de son génie propre, pas en tant que participatif à une ébullition mentalo-musicale. L’ampleur de cette nouvelle façon de faire est monstrueuse. J’aimerais pouvoir effacer toute trace de cet album de mon cerveau et le réécouter pour la toute première fois et ressentir cette fièvre parcourir mon corps, cette sensation de symbiose avec Anton, avec ce qu’il ressent, avec la musique qu’il fait, sentir son cœur battre. On ne devrait même pas parler d’album pour qualifier Bravery, Repetition & Noise, qui n’est rien d’autre qu’un journal intime, une mise à nu recelant de morceaux tous aussi géniaux les uns que les autres. C’est aussi cette constance dans la qualité musicale qui est caractéristique de l’album qui compte parmi les meilleures chansons du groupe ("Nevertheless", "Sailor"). On assiste également a un changement dans la formation musicale, il n’y a plus la guitare solo en fond, ni l’esprit rock’n’roll qui faisait de Take It From The Man un album démoniaque.

Finalement, ce qui est a retenir de Bravery, Repetition & Noise est tiré de "Stolen" : "I know i’ll never see you again".
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#22 iansich

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Posté 10 December 2006 - 20:00

Encore bravo et merci pour ce gros boulot de discographie :yes:

#23 moiz

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Posté 12 December 2006 - 12:51

Mais de rien, de rien, ca m'fait très plaisir...

Il m'reste plus qu'And This Is Our Music et j'aurai fini, j'vous promets ca avant les vacances, histoire de boucler en beauté. :)
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#24 moiz

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Posté 20 December 2006 - 15:39

And This Is Our Music (2003)

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Il est vrai qu’il est assez déroutant de mettre le CD sur la platine pour la première fois et de s’asseoir dans son canapé en écoutant attentivement le dernier pondu du BJM. D’abord, cette "Introesque" plus qu’étrange, mais plus loin, à l’expérience sonique complètement nouvelle, ce n’est pas l’intro de cet album, c’est l’intro du Nouveau BJM, celui d’un Anton qui s’est formé un groupe efficace et gagne en soutien (Ed Harcourt prête sa voix sur "Here It Comes"). Après cette minute salivante arrive la deuxième piste, nommée "Starcleaner", de la boite a rythme ?! C’est de la boite à rythme ?! Eh oui, Anton n’a pas fini de vous surprendre, et il montre ici avec génie qu’il n’est pas un de ces revivalistes puristes mais qu’il sait aussi bien maîtriser les nouvelles tendances électro. A peine remis de ce choc, déjà la troisième chanson "Here To Go". Encore une surprise ! On savait qu’Anton appréciait particulièrement de reprendre des riffs des Dandy Warhols ou de groupes des sixties, mais la c’est un de ces riffs à lui, à la manière d’Archive dirait-on. L’effet recherché est réussi puisque la chanson rappelle inévitablement Their Satanic Majesties’ Second Request et son ambiance d’indo-folk-hippie. Sans prévenir arrive ensuite "When Jokers Attack" qui s’impose dès la première écoute comme la chanson de l’album, et plus largement, comme une des meilleures chansons du groupe. Sa progression d’accords, qui ressemble à s’y méprendre au "Godless" des Dandys sorti 3 ans plus tôt, couplée au riff infini de la guitare électrique est un véritable bonheur. Enfin un riff, qui dure et est torturé jusqu'à n’en plus pouvoir, enfin une chanson qui accroche, une mélodie intéressante portée par la voix si simplement particulière d’Anton. Il est vrai que jusque la, les titres étaient certes déroutants, mais ils n’atteignaient pas le niveau de ceux de Bravery, Repetition & Noise.

Bizarrement, on se demande comment une chanson qui démarre aussi bizarrement peut sonner comme du Take It From The Man ! (il n’est pas étonnant d’y retrouver un riff lui appartenant), "Prozac Vs. Heroin" vient de commencer sur sa nappe de synthé bizarrement adaptable a l’esprit folk-rock enragé qui parcours la chanson. Mais qu’est ce que cet album ? Une rétrospective ? Un recueil ? Un jubilé en guise d’adieu ? Pourquoi tant d’« auto-reprises » ? Pas le temps de répondre, déjà arrive "Geezers", qui ressemble à son prédécesseur, la rage en moins. L’esprit de tentative de renaissance des morceaux tout en en créant des nouveaux et en explorant des territoires sonores jusqu’alors inconnus est plus particulièrement palpable sur ce "Geezers". On retrouve les ingrédients traditionnels, accompagnement répétitif, petite guitare solo dans le fond, et même cette basse qui n’est pas sans nous rappeler Matt Hollywood. La chanson semble se finir dans un chaos sonore digne des plus anciens morceaux du groupe, mais elle repart sur son refrain entêtant "Believe us, keep believe everything that you know" finira par dire Anton avant de céder l’outro aux claviers qui deviennent omniprésents. Cette "rénovation" devient presque agaçante avec "I Never Told You So", synonyme de Thank God For Mental Illness, et le ton d’Anton difficile a déterminer ; est-ce de l’ironie ou tout simplement sa nouvelle façon de voir ses anciens morceaux. Ah oui la ! "Servo" ! Mais non, pas tout a fait, on dirait pourtant, mais la chanson part sur une atmosphère totalement moribonde. Précipitation sur le boîtier du CD, comment s’appelle ce morceau qu’on dirait destiné à établir une liaison entre la Terre et Mars ? "You Look Great When I’m High". On comprend tout de suite, l’ambiance trip psychédélique renforcée par l’absence de voix et ce son de guitare totalement nouveau (en dehors des expériences sur les synthés) ; où va Anton ? Les fans puristes seront déçus, ceux qui n’en attendaient rien apprécieront l'album sûrement pour sa quasi-conceptualité. C’est à partir de ce moment là que l’opinion se fixe déjà.

Et puis la machine repart lentement avec la lancinante intro de "Here It Comes", reprise de la chanson du même nom. Anton y va carrément cette fois-ci et ne prends pas de pincettes. Pourtant, l’aspect qui rendait ce morceau génial, c’était le mouvement qu’il y avait après les paroles d’Anton, ce coup de génie qui éclairait les albums du BJM ; ici tout est enlevé au profit de la répétition pure et dure. Et c’est sûrement pour ça que la reprise est une tentative ratée. On ressent un certain essoufflement des compétences d’Anton qui se repose un peu trop sur les qualités sonores nouvellement acquises, notamment sur le "Prozac Vs. Heroin Revisited" suivant, presque totalement électro et qui n’a plus que peu de rapport avec son inspiration. Un peu de frustration pour ceux qui attendaient de la variation dans ce morceau de presque 5 minutes, beaucoup pour ceux qui espéraient vainement retrouver des points d’attache avec ce qui était le groupe le plus dingue de San Francisco, essayer d’imaginer Joel Gion ou Matt Hollywood en plein milieu de ce morceau est totalement impossible. Enfin arrive "A New Low In Getting High", suivant la tendance de l’album, focalisé sur la réhabilitation des sonorités de la période des trois T (en 1996 : Their Satanic Majesties’ Second Request, Take It From The Man ! et Thank God For Mental Illness), et finalement, cette volonté de replonger dans le passé du groupe rappelle a l’auditeur a quel point l’ambiance des albums des débuts était génialement orchestrée, mais aussi révolue, sûrement à jamais. Le bien nommé "Some Thing Go Without Saying" fera sourire par son instrumentalité mais aussi par sa légèreté, reprenant encore une fois un riff de Take It From The Man !, encore et encore, mais il manque le reste, il manque Joel et son tambourin, il manque Matt et sa basse folle, il manque Jeff Davies et son jeu de guitare entraînant… Mais oh ! "Tschuss" nous sort des rêveries et nous ramène à la réalité avec sa mélodie portée par un synthé qui rappelle enfin le bon temps, tout en cherchant à être novateur. Enfin, l’album se réveille et prend une âme, qu’il avait perdu depuis "When Jokers Attack", car c’est ce qui manque à cet album, une véritable âme, il est froid, presque frigide et sonne comme un terrible au revoir. Mais on veut s’accrocher, y croire, on veut revoir Matt, Joel et tous les autres, on voudrait retirer les mains d’Anton de ses machines et les remettre sur son sitar, lui coller un harmonica sur les lèvres et l’obliger a jouer, mais il cherche nettement a jouer le rebelle. "The Pregnancy Test" finalise l’album dans une outro électronique.

De la frustration, on en ressent encore. Qu’il y a-t-il à retenir de cet album ? Anton tire un trait sur le passé en l’enterrant pour de bon, laissant derrière lui ce qu’on pourrait appeler un recueil si les fans l’avaient apprécié. Mais déjà l’album s’est arrêté. Y en aura-t-il un autre ? Avec qui ? quelle orientation ? Cet album soulève de lourdes questions. Si Bravery, Repetition & Noise sonnait différemment, c’était dans une moindre mesure, il n’était que le produit d’une mise en liberté totale d’Anton, mais dans la lignée des précédents albums. Celui la est bien plus que ça, il est une note finale suivie d’un point sur ce qui a pu se passer de 1995 à 2001, And This Is Our Music.

Oui, mais on ne peut se lever du canapé. Pour quoi faire ? Remettre le CD dans l’espoir d’y trouver quelque chose de bon ? Non, cet album est décourageant, frustrant. Changer ? Mettre Give It Back ! ou Take It From The Man ! et maudire la personnalité d’Anton, saboteur du groupe ? Faire le point est plus judicieux. Qu’est ce qu’il y a à retenir du BJM, de ce groupe voulant faire sa révolution sans jamais y arriver, ce groupe à l’énergie démoniaque et au talent surpassant largement ses semblables actuels ? Des paquets de choses. Trois pour être précis. La première, c’est trois albums géniaux de la première à la dernière note (et ils pourraient être bien plus si on ne s’en tenait qu’a ce critère) : Take It From The Man !, Give It Back ! et Bravery, Repetition & Noise. La seconde chose a retenir, c’est quatre chansons qui auraient pu être de véritables tubes et lancer une nouvelle mode musicale (mais la quasi-totalité des chansons du groupe sont a écouter et réécouter encore et encore, sans jamais s’en lasser) : "She’s Gone" sur Methodrone, "Straight Up & Down" sur Take It From The Man !, "Servo" sur Give It Back ! et "Nevertheless" sur Bravery, Repetition & Noise. Enfin, la dernière, c’est trois personnes, trois personnalités qui ont marqué une époque et une partie de la musique et qui continueront de le faire : Matt Hollywood pour son talent souvent sous-estimé et son jeu de basse très personnel, Joel Gion pour son humour, ses qualités et aussi, et surtout, sa présence comme "esprit du groupe" et puis, inévitablement, Anton Alfred Newcombe, véritable génie du revival sixties au talent presque inépuisable et a la personnalité fascinante. C’est terriblement réducteur de présenter le BJM ainsi, mais si on devait faire une synthèse, faire un point, ce serait celui-ci qu’il faudrait faire.

La différence avec aujourd’hui, c’est qu’on peut se lever du canapé, enlever le CD d’And This Is Our Music, le ranger dans sa boite et l’oublier dans sa discothèque et puis sortir l’EP We Are The Radio tout frais et se rasseoir, profitant de son renouveau talentueux, de ces nouvelles explorations, mais avec originalité cette fois-ci. Et puis s’évader sur "Time Is Honey (So Cut The Shit)", qui fait désormais partie des meilleures chansons du groupe. L’hibernation restera longue, aucune date de sortie du LP n’a été communiquée. En attendant, vous avez une discothèque de six albums et trois EPs à constituer.

On ne peut clore un article sur le BJM. Il y a toujours quelque chose a raconter, a ajouter, et je me limiterai seulement a ceci : ce groupe est une source inépuisable de chansons géniales, d’extase musicale et d’expérience sonore.

Keep Music Evil !
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#25 Carlo

Carlo

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Posté 20 December 2006 - 16:25

Chapeau l'ami Moiz :yes:

Modifié par Carlo, 20 December 2006 - 21:55.

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#26 Duqueque

Duqueque

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Posté 20 December 2006 - 21:30

superbe travail :yes: :yes:

je vois que je suis loin de connaître toute l'histoire de ce fabuleux groupe,encore bravo :)

#27 RabbitInYourHeadlights

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Posté 21 December 2006 - 14:58

J'ai commencé le BJM par la fin (We Are The Radio, très joli) mais je compte bien poursuivre un de ces jours. :) Du coup merci encore pour cette cartographie, Moiz. :yes:

#28 moiz

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Posté 21 December 2006 - 16:45

superbe travail :yes: :yes:

je vois que je suis loin de connaître toute l'histoire de ce fabuleux groupe,encore bravo :)

J'en suis bien loin moi aussi... On a jamais fini de le connaitre ce groupe, a chaque fois qu'on pense le rattraper, il part au pas d'course, c'est ca qu'est géant.

Bah merci a tous, ce fut un véritable plaisir de chroniquer ces albums que j'adore pour vous les faire aimer.

Rabbit, j'te conseille de passer a Bravery, Repetition & Noise d'abord et pis d'reprendre du début avec Methodrone :)
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#29 RabbitInYourHeadlights

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Posté 21 December 2006 - 16:57

Rabbit, j'te conseille de passer a Bravery, Repetition & Noise d'abord et pis d'reprendre du début avec Methodrone :)


OK de toute façon ils m'attendent déjà tous chez moi alors j'ai que l'embarras du choix... :rolleyes: ;)

#30 moiz

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Posté 21 December 2006 - 17:04


Rabbit, j'te conseille de passer a Bravery, Repetition & Noise d'abord et pis d'reprendre du début avec Methodrone :)


OK de toute façon ils m'attendent déjà tous chez moi alors j'ai que l'embarras du choix... :rolleyes: ;)

C'est justement ca l'probleme, tu vas plus t'y retrouver, pis ca va t'faire un choc d'écouter Take It From The Man! juste après We Are The Radio j'pense ^_^
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