[Chronique] Lost in The Libertines.

Je ne le crois pas, je viens de supplier un certain Keith, que je n’ai jamais vu de ma vie de m’envoyer par mail un morceau que je n’ai pas eu le temps de télécharger…comme si ma vie en dépendait. Comment en ai-je pu en arriver là ? Reprenons depuis le début.
On est fin octobre 2003, la pluie tombe sur Paris (oui, j’aime les clichés, mais il pleut toujours en cette saison), je suis l’homme le plus heureux de la planète. Je suis avec elle, la veille nous avons vu un grand concert de sigur-ros où la magie a opérée, encore plus que sur le simple disque. Nous nous baladons sur les Champs, je décide de rentrer dans un célèbre magasin afin d’y acheter de quoi me sustenter pendant son absence, à défaut d’amour, la musique peut empêcher de sombrer trop dans la tristesse facile. J’ai du mal à me décider entre un import de Tahiti 80 et le premier album d’un groupe décrit comme pop-punk composé de branleurs magnifiques. Méfiance, je me suis déjà fait avoir avec ce genre de discours et je me suis trouvé avec un cd de the vines dans la main sans savoir qu’en faire. Ma copine décide pour moi, se sera « the libertines », ce qui me permet en plus de faire des économies car c’est un « coup de cœur du disquaire » (méfiance d’autant plus accrue). Il est 14h, nous nous séparons, elle part faire un stage, je ne la revois pas pendant plusieurs semaines. Ne me reste que ce disque, je décide de lui pardonner son départ si il est bon ou de lui faire un caca nerveux si je me suis fait encore avoir par un effet de mode.
Je rentre seul, rempli de mélancolie : je n’aurai jamais du la laisser partir.
Dans le salon, j’accompli le rituel que je pratique après chaque achat de disque, je le met sur la platine, monte le volume, m’écroule sur la canapé et ferme les yeux. Il prend une drôle de tournure car il me fait souvenir que dans un temps pas si éloigné je me m’étais dans cette position pour essayer de retrouver dans la pop l’amour dont j’avais tant besoin. Le premier contact fut difficile, à l’écoute du premier morceau « vertigo » j’ai envie de changer de disque tellement ces gens ont l’air heureux de vivre. Cette impression fut très courte, et dès que défilèrent les autres morceaux, une autre apparue : il se passe quelque chose. Et voilà que je me retrouve dans chaque chanson. Sur death on stair c’est moi qui supplie ”baby please kill me, or don’t kill me, but don’t bring that gosths into my door I don’t wanna see them anymore”, comparant ces fantômes à ma solitude que je ne pensais plus revoir. Sur time for heros je lui crie “i cherish you my love”, bref je rentre dedans très facilement, le coeur lui s'emballe comme à la première écoute d’un disque des Smiths. Ce sera mon disque du mois, du moins pour l’instant.
Elle revient je revis, non plus seulement à l’écoute de ce disque, mais il squatte toujours ma platine cependant. Ce n’était pas juste un disque qui est arrivé là au bon moment.
J’ai le bonheur de lui faire découvrir, elle aime aussi, nous chantons en chœur sur tous ces superbes refrains. Je partage vraiment tout avec elle et ce disque prend une valeur symbolique.
Le mois de décembre arrive, un numéro de new comer sort avec le groupe en couverture, il me fera basculer dans l’adoration la plus total pour le groupe. Je lis l’interview de Pete DOHERTY, où j’apprends qu’il est dépressif, fils de militaire et le but de son groupe. C’est pour lui le pacte d’amitié ultime avec son compère Carl BARAT, leur façon de pouvoir partager au plus de leur relation, il compare le groupe à un bateau nommé the Albion, parle de rêve arcadien, de la vie, de la musique… Cette personne est extrême. Musicalement, je comprends mieux la volonté du groupe, elle est politique et poétique, elle doit faire le même effet que la lecture d’un poème ou que la voix de billie holliday. Je retrouve alors le feeling manouche dont il parle et comprend enfin les paroles totalement.
Je pense que vous connaissez tous cette impression qui fait que l’on écoute plus le disque mais on le vie, il devient un sorte de guide, une façon de s’exprimer, un mode vie (ou de survie).
J’achète tous les singles, les magazines où ils s’expriment, suit leurs aventures, me connecte souvent sur les sites qui leur sont dédiés, discute avec les autres fans…
Viens le drame, Pete part du groupe, crache dessus, fait le sien de son côté. Je me sens trahis. Je savais que cela allait se finir de cette manière, mais pas si vite. Je repense à cette interview où il racontait que comme MARR et MORRISSEY ils finiraient par se détester etc.
Je trouve du réconfort dans les interviews de Carl qui tient à ce que Pete revienne au plus vite quand il sera reposé… Et tout ces bull shits dont je me serai joyeusement lavé les mains si le groupe en question n'était pas devenu un de mes préférés. Je télécharge tout ce que Pete a mis sur le net, écoutant cela avec une émotion grandissante à chaque fois. Les chansons du nouveau projet de Pete : the Baby Shambles sont soit sublimes comme ‘Albion’ ; ‘France’ ;’don’t look back info the sun’ ou sympathiques comme ces reprises acoustiques de leur propre chanson ou de celles des moldy peaches ou the coral et sous effet de substances interdites par la loi Evidemment il me les faut toutes. Une étrange impression de manque se fait sentir si je n’ai pas une sixième version de telle ou telle chanson. Je deviens accro.
J’essaye de comprendre et j’en arrive à la conclusion que je vie mon existence à travers ce disque, je comprend que je recherche moi aussi le rêve arcadien, que comme le groupe je voudrais que l’art soit la valeur absolue… Bref le droit d’être un naïf utopiste dans un monde qui ne m’intéresse guère dans l’état où il est, et qui me pousse à préférer le rêve avec ma copine à la triste réalité (que je cherche cependant à améliorer à travers différentes actions). La musique de ce groupe est la métaphore de mes rêves les plus secrets, je l’aime pour cela de manière sans doute exagérée.
Le groupe se reforme à la grande surprise de tout le monde : en effet Pete avait fait de la taule auparavant pour avoir cambriolé l’appart de Carl !
Le groupe n’en deviendra que meilleur, ils ont compris la trahison, les drames et les dangers de certains produits, qu’ils retranscriront dans leurs nouveaux morceaux (the likely lads, can’t stand you). Ce groupe peut aujourd'hui aussi représenter l’amitié la plus extrême ( à ce propos je t’aime Julien et pardon, je ne suis qu’une merde, pardon, mille fois pardons …), au-delà des trahisons, des mensonges, leur rêve commun reste, ainsi que la qualité de leur art.
Ce groupe est important, c’est le seul qui vis leur musique de cette façon, certes parfois de façon maladroite, mais tellement romantique.
Et de ce fait, pour toutes ces raisons me voilà en train de supplier un certain Keith de m’envoyer un morceau, ma copine se foutant joyeusement de mes petites manies. OUF!

NDLR : Vous pouvez acheter ce disque en cliquant sur la pochette de l'album.










