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[Discographie] Kristin Hersh


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#1 jediroller

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Posté 11 February 2007 - 16:14

J'avais vaguement promis ici une disco de Kristin Hersh, et à l'occasion de la sortie de Learn to Sing Like a Star, je me lance... En voici la première partie.


Throwing Muses - Les années 80

Image IPB

Kristin Hersh est née en 1966 à Atlanta, en Géorgie, de parents hippies auxquels elle doit certainement son intransigeante indépendance. Son père, professeur de philosophie, aura quelques velléités musicales et Kristin enregistrera, bien des années plus tard, certaines de ses chansons. Lorsqu’elle joue l’une d’elles, "Uncle June & Aunt Kiyoti", en concert, elle prévient généralement : "N’écoutez pas les paroles, il prenait pas mal d’acide à l’époque."

C’est dans ce milieu libertaire que grandit Kristin Hersh (née Martha Kristin Hersh), en compagnie de sa demi-soeur Tanya Donelly. Les deux blondinettes n’ont en fait aucune parenté biologique : le père de Kristin a épousé la mère de Tanya en secondes noces.

Dès son plus jeune âge, Kristin a l’ambition de faire de la musique et d’avoir son propre groupe. Ses héros sont X, Husker Dü, Patti Smith, Talking Heads, Violent Femmes... A l’adolescence, elle forme les Muses, qui sont à leurs débuts un groupe exclusivement féminin. Autour de Kristin, qui joue de la guitare et chante, se trouvent sa soeur Tanya, également chanteuse et qui joue à l’époque du synthétiseur (qu’elle abandonnera ensuite en faveur de la guitare), Elaine Adamedes à la basse et Becca Blumen à la batterie. Toutes composent et les chansons qui forment les plus anciennes démos existantes (1983-1984) ont été écrites collectivement (Elaine Adamedes chante d’ailleurs deux d’entre elles). Encore mal assurées, dominées par le synthé, elles ne révèlent qu’aux oreilles averties ou persévérantes ce qui fera la grandeur de Throwing Muses. Des morceaux comme l’excellent "Lizzie Sage", "Catch" ou "Bird of Paradox" renferment de tels augures.

Assez rapidement, Becca Blumen abandonne les fûts et c’est un garçon qui rejoint le groupe : David Narcizo, formé à l’école des fanfares. C’est lui qui joue sur les démos de 1984. A l’époque, le groupe se nomme encore "The Muses", mais David refuse absolument d’être une muse. Où va se nicher la fierté des jeunes hommes... Le quatuor devient Throwing Muses, un nom bizarre qui a fait l’objet de nombreuses interprétations et qui a en commun avec, entre autres, Violent Femmes, Talking Heads et Pixies, de se passer de l’article défini.

A partir de 1985, Leslie Langston prend la basse en remplacement d’Elaine Adamedes. Le groupe est basé à Providence, Rhode Island, où nos héroïnes étudient. Elles feront partie de cette "scène de Boston" qui verra l’explosion des Pixies. Les parcours des deux groupes seront d’ailleurs intimement liés à leurs débuts.

Les véritables débuts de Throwing Muses peuvent être situés en 1985 avec la publication de leur plus célèbre démo, The Doghouse Cassette. Le groupe avait publié auparavant un EP auto-produit, connu aujourd’hui sous le nom de Stand Up EP. C’est à cette époque que le groupe se fait remarquer sur le circuit des radios étudiantes. Mais il faudra attendre 1986 et un coup de fil d’Ivo Watts-Russell (que Kristin prendra au début pour une blague) pour qu’il rencontre le label qui publiera son premier album et tous les suivants : les Anglais de 4AD.


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Produit par Gil Norton, Throwing Muses est aujourd’hui épuisé, mais il a été réédité en 1998 dans une précieuse compilation intitulée In a Doghouse, qui reprend également un EP de 1987, Chains Changed, et l’intégralité de la "Doghouse Cassette". Ce mot de "Doghouse" ("niche à chien") qui revient avec insistance était en fait le surnom de l’appartement que partageaient à l’époque les membres du groupe.

Il reste difficile, 20 ans après, de décrire la musique que produisaient les Throwing Muses à l’époque. Sur scène, on n’a aucune peine à croire qu’elles puissent vider une salle plus vite qu’elles ne l’avaient remplie. Il y a dans la vibration d’insanité qui parcourt ces morceaux quelque chose qui fait peur. Et l’on est ici obligé de faire un détour par l’histoire bien connue, et qui vingt ans après revient inlassablement dans chaque interview, de la santé mentale de Kristin Hersh.

Car vers l’âge de 18 ans, Kristin est diagnostiquée bipolaire. Elle entend des voix, semble-t-il. Et si ce drame s’est tant ancré dans la légende du groupe, c’est bien parce qu’à l’écoute du premier album de Throwing Muses, une forme de folie se fait entendre, pure, inaltérée par les conventions du songwriting, implacable et, oui, effrayante. Le vibrato dans la voix de Kristin, contrebalancé par la douceur du timbre de sa soeur, semble faire écho à son instabilité mentale. Sa voix nous entraîne dans un labyrinthe d’émotions incompréhensibles, passant en un instant d’un sanglot brisé à un hurlement de banshee. Et Dieu sait que ce petit bout de femme peut gueuler. Elle a déjà cette voix puissante qui affole les potentiomètres.

Ce premier album est difficile. Anguleuse, sinueuse, apparemment indifférente aux règles de base de l’écriture rock, la musique de Throwing Muses est un insondable bloc d’émotions brutes qui échappe à l’analyse. La jeune Kristin y aligne les perles noires, des chansons à la fois si puissantes et si différentes de tout ce que l’on a pu entendre qu’elles se gravent immédiatement dans l’histoire de ce qu’on ne nomme pas encore le "rock alternatif". Elle nous emmène de la schizophrénie rageuse ("Hate My Way", "Vicky’s Box") au hillbilly destructuré ("Rabbits Dying"), pour terminer sur une sublime ballade automutilatoire, le bouleversant "Delicate Cutters". Tanya, qui semble encore chercher sa voix, se faufile dans le maëlstrom pour poser un moment de douceur, une délicate chanson d’amour intitulée "Green".

Dans la compilation In A Doghouse, Throwing Muses est suivi de l'EP Chains Changed de 1987. Quatre titres où l’on retrouve le côté "party band" que Kristin évoque dans les notes de pochettes, avec notamment les irrésistibles "Snail Head" et "Cry Baby Cry" (qui n’est pas la reprise des Beatles). On perçoit ici (tout comme dans "Sinkhole" sur la démo de 85) les racines country-folk que Kristin explorera bien plus tard en solo. Les années de fanfare de David Narcizo refont surface dans les cavalcades de batterie qui propulsent ces morceaux.

Le deuxième CD d’In A Doghouse reprend donc la "Doghouse Cassette" de 1985, dans laquelle on retrouve une partie des morceaux qui composeront Throwing Muses et d’autres qui resteront inédits en album, comme "Raise the Roses" ou encore "Fish".

Enfin, le cadeau bonus, ce sont 5 titres écrits en 1983 et enregistrés en trio par les Throwing Muses de 1996. On y retrouve certains des meilleurs morceaux des premières cassettes, comme "Catch" et "Lizzie Sage".


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Paru en 1988, le deuxième album de Throwing Muses, House Tornado, existe en deux éditions différentes. L’une destinée au marché américain et parue chez Sire Records, l’autre chez 4AD qui présente l’avantage de reprendre également l’EP The Fat Skier de 1987 (à ne pas manquer pour les hallucinés "Garoux des Larmes" et "And a She-Wolf After the War" et le classique "Soap and Water"). Il présente l’avantage supplémentaire d’une magnifique pochette signée Shinro Ohtake, un artiste japonais dont ce n’est pas la dernière apparition dans cette discographie.

(Notons pour la petite histoire que parmi les employés de Sire chargés de s’occuper de Throwing Muses se trouvait un dénommé Billy O’Connell, futur manager et mari de Kristin Hersh. Ce sera apparemment la seule raison qu’aura jamais Kristin de se féliciter de son association avec cette filiale de Warner.)

House Tornado est dans la lignée du premier album. Les guitares créent une riche texture sonore sur laquelle Kristin pose sa voix unique, et tant de changements de rythme et d’accords se succèdent dans une seule chanson qu’il faut se concentrer sur quelques écoutes pour en découvrir la structure. Plus encore que le premier album, qui créait la surprise et imposait quelques titres si forts qu’ils sont encore aujourd’hui des classiques du répertoire de Throwing Muses, House Tornado est l’album qui rebute, qu’on ne sait pas par quel bout prendre. Mais pour peu que l’on s’accroche, on aura le plaisir de superbes découvertes telles que "Run Letter" et l’enchaînement de génie qui marque la fin de l’album : "Saving Grace", "Drive", "Downtown" puis "Walking in the Dark"... Tanya place deux chansons, l’excellent "The River" et "Giant".

1988 est aussi pour Throwing Muses l’année d’une tournée européenne mémorable avec les Pixies, que Kristin elle-même a recommandés à 4AD pour se sentir moins seule au milieu des groupes de cold-waveux arty et vaguement gothiques qui composaient à l’époque l’écurie d’Ivo. Leurs compagnons de label finiront par leur voler la vedette, non sans avoir partagé quelques dates d’anthologie, comme ce 1er mai 1988 au Town & Country Club de Londres. Ce concert a été filmé : la prestation des Pixies a fini par être publiée (sur le DVD Pixies paru chez 4AD au moment de la reformation), mais celle de Throwing Muses dort encore dans un placard londonien dans l’attente de jours (commercialement) meilleurs.

Pendant ce temps, en coulisse, Tanya se lie d’amitié avec la bassiste des Pixies, Kim Deal. Elles partagent un sentiment croissant de frustration devant le leadership assuré sur leurs groupes respectifs par Kristin Hersh et Black Francis, qui leur permettent à peine de caser une ou deux chansons de leur cru par album.


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En 1989, Hunkpapa, du nom d’une tribu indienne, marque un net tournant dans la discographie des Muses. C’est "l’album accessible", le "virage pop", à ce titre méprisé par une partie des fans et révéré par beaucoup d’autres, tout simplement parce que, grâce à la meilleure exposition médiatique, c’est le premier qu’ils ont eu l’occasion d’entendre. Adieu chevrotements schizophréniques et structures déroutantes, bonjour production léchée et chansons catchy, comme l’emblématique "Dizzy", avec laquelle Kristin Hersh avouera avoir volontairement cherché à écrire une pop song. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle la reniera ensuite, pas tant sur des critères éthiques qu’esthétiques. Elle ne sera jamais à l’aise avec le côté "forcé" d’une écriture délibérée, orientée, calculée, elle qui a toujours clamé qu’elle composait moins les chansons que celles-ci ne s’imposaient à elle. "C’est comme si j’entendais quelqu’un jouer une chanson dans la pièce à côté", a-t-elle souvent expliqué en substance, au risque (dont elle est bien consciente) de passer pour une folle mystique, "et je continue à l’entendre sans arrêt jusqu’à ce que je me décide à l’écrire."

Quoi qu’il en soit, Hunkpapa a des côtés irritants (une production trop lisse, pourtant assurée par le vétéran bostonien Gary Smith, ôte pas mal de leur impact aux chansons de Kristin), mais il renferme également quelques chefs-d’oeuvres inoubliables, dont le sommet reste le phénoménal "Mania", qui n’a jamais manqué de secouer ceux qui avaient la chance de l’entendre en concert, parmi lesquels votre serviteur. "Say Goodbye" annonce quant à elle la perfection pop de l’album suivant, The Real Ramona, à la fois couronnement et chant du cygne pour les Throwing Muses tels que nous les connaissons, puisque ce sera le dernier album avec Tanya. Entre-temps, c’est la bassiste Leslie Langston qui aura quitté le groupe après l’enregistrement de Hunkpapa. Elle se consacre aujourd’hui à une carrière dans le social.

The Real Ramona montre l’espèce Throwing Muses enfin domestiquée. (A suivre...)




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