
Bienvenue chez Nina Nastasia. Ici le noir domine et la douceur vous enveloppe. Noire comme l'est la magnifique pochette de ce On Leaving, quatrième album de Nina, paru à l’automne dernier chez Fat Cat. Délicate et évocatrice, l’œuvre rappelle un peu l’univers d’un Tim Burton, avec son mélange de gothisme suranné et de joliesse.
Les albums de Nina Nastasia vous happent, vous bercent puis s’insinuent en vous et vous hantent à jamais. Depuis Dogs (1999), la New-Yorkaise bâtit par petites touches une œuvre éminemment personnelle qu’on ne se lasse pas d’explorer. Tout en subtilité et en souffle, comme en suspension dans l’air, sa musique, une fois de plus capturée, avec son légendaire sens de l’espace, par le fidèle Steve Albini, possède une alchimie bien à elle. Tout ici est mesuré, aérien, reposant en équilibre ténu au bord de l’inexprimé.
Ecouter On Leaving est un peu comme explorer une vieille maison au coucher du soleil. "Jim’s Room" entrouvre doucement la porte, qui grince un peu mais laisse entrevoir, dans la lueur violette du crépuscule, un jardin semé de fleurs aux couleurs et aux parfums délicieusement subtils. Dès la deuxième piste, l’entêtant, "Brad Haunts a Party", on sent que l’on va se plaire ici. "We don’t get around like we used to do" chante Nina, accompagnée par un piano têtu, et l’on regrette avec elle le temps béni des amitiés perdues.
On poursuit ce voyage dans une pénombre accueillante, guidé par la douce voix de Nina, sa guitare, parfois accompagnée d’une très discrète batterie, d’un piano, d’un violon, d’un violoncelle. Souvent poignante, lorsqu’elle plaide avec celui qui veut quitter le foyer ("Why Don’t You Stay Home") ou déclare son amour avec de bien macabres métaphores ("Counting Up Your Bones"), elle sait aussi taper du pied autour du feu de bois et se lancer dans une savoureuse reel à la manière celtique ("Dumb I Am")… Elle nous entraîne ainsi jusqu’à un magnifique "Bird Of Cuzco" et à un touchant "If We Go To The West" dont on se dit qu’un peu accéléré, il pourrait révéler des accents western...
On Leaving demande de l’attention. Mais une fois que l’on a trouvé la clé, on n’a plus aucune envie de sortir. Poussez la porte…











