Bon j'aurais aussi bien pu m'abstenir, de ce que j'ai pu en voir cette soirée du 3 était bien loin de tenir ses promesses.
Arrivé à 21h10 j'attends une demi-heure l'ouverture des portes à l'heure exacte du début du concert de
Bleubird, qu'on entend débuter son set au moment même où l'on passe au guichet récupérer les accrédits.
Deux minutes plus tard on y est et le floridien aux faux airs de Kad Merad (

) entendu notamment sur le
Live From Rome de
Sole assure bien, les pistes musicales sont enregistrées et il se contentera de rapper tout au long du concert mais son humour et son sens du spectacle couplés à des instrus sombres et abrasives habitées par un flow mitraillette totalement schizophrénique emporteront le morceau.

Une bonne entame, mais à ce moment on est encore loin de se douter que l'on vient d'assister au meilleur concert de la soirée.
Bleubird annonce ensuite l'entrée en scène de son collègue
k-the-i???, l'un des deux musiciens pour lesquels j'ai fait le déplacement par le dernier métro sans savoir encore comment on va rentrer ma femme et moi vu qu'après 20h la grève des TCL nous prive de tout transport, tout ça parce qu'on a été assez cons pour entreposer nos vélos dans la cour de l'immeuble avant remplacement de la porte à code fracassée, enfoirés de voleurs.

Mais je m'égare.
Pas mécontent de voir le gros californien débarquer en avance à la place des frenchies d'
Under Kontrol, ça devrait me permettre de rater une moins grande partie du set de l'allemand
Pole qui doit débuter une demi-heure plus tard sur la scène 1. Toutefois je déchante rapidement, les abstractions électro du génial
Yesterday, Today & Tomorrow produit par
Thavius Beck ont laissé place à une avalanche de bruit informe.

Le set s'ouvre ainsi sur 10 minutes sans rap où
k-the-i??? et son DJ s'excitent sur leurs consoles à qui sortira les sons les plus lourds et dissonants, le problème étant que le résultat n'a rien d'un mur de son à la
Dälek : rien n'est construit, et on est bientôt obligé de s'éloigner de la scène pour éviter d'avoir le cerveau explosé.
Il se décidera finalement à prendre le micro sur le morceau suivant pour un résultat tout aussi douteux entre
spoken word et impro mais de toute façon trop inaudible pour changer quoi que ce soit, et là surprise, à peine une grosse vingtaine de minutes après le début du set voilà le bonhomme qui remercie le public et annonce la fin du concert le plus sérieusement du monde ! Franchement je vais pas jouer les indignés, vu la bouillie proposée jusqu'ici on en serait plutôt soulagé, mais quand-même c'est à se demander si le type est venu pour jouer ou pour voir du pays.

Enfin bref. Après avoir interrogé l'ingé son et peut-être réalisé qu'il ne jouait pas depuis aussi longtemps qu'il le pensait (comme quoi le public n'était pas seul à trouver le temps long

), il repart pour un morceau supplémentaire, toujours du même acabit, et enchaîne finalement avec un autre plus réussi semble-t-il mais que l'on devra néanmoins écourter pour aller voir ce qui se passe à côté.
... soit la fin du DJ set de
Likhan qui visiblement ne valait pas mieux, de la house tout ce qu'il y a de plus convenu, même pas de quoi mettre son cerveau au placard. Heureusement
Pole est déjà sur scène à préparer sa console, il y a trois écrans, un en milieu de scène et deux sur les côtés avec des projections graphiques identiques, cette partie droite du site dépassant d'une bonne taille la partie gauche consacrée au hip-hop, à croire que les clubbers étaient attendus plus nombreux ce qui jusqu'ici semble se vérifier. Et quoi de plus logique même s'il n'y a visiblement pas beaucoup de connaisseurs dans la masse, cette fois c'est
Stefan Betke quoi, le dieu de l'électro minimale à l'Est du Rhin, l'assassin de la dubtronica, on ne peut décemment pas être déçu. Si ?
Une heure dix plus tard d'un set de
trance minimale qui aura connu ses grands moments mais aussi quatre interruptions techniques qui auront bien énervé l'allemand mais sans jamais venir à bout de sa patience exemplaire ni même de sa capacité à relancer dans les meilleurs délais possibles sa machine à danser dans le coltar, on se dit pourtant qu'on n'était pas venu pour ça. Certes c'est ce qu'on aurait sans doute attendu d'un set de festival, mais d'un festival estampillé Jarring Effects ?! Restaient de belles boucles mouvantes aux sonorités impressionnistes comme
Pole sait si bien en faire, mais qui n'auront malheureusement pu s'exprimer pleinement que dans les rares moments où il aura osé les délester de ce beat binaire pesant, constante techno dont on se serait bien passé.
Il est 23h10, et
Harmonic 313 a pris le relai. Déjà pas fan sur album de l'électro/dubstep proposé par cette récente signature de Warp bien en deça du maître
Plaid notamment, mais la déception est encore plus grande en concert, le début de set nageant entre électro/hip-hop balourd et ragga instrumental poussif, autant dire qu'on a vite fait de virer de bord, direction la scène hip-hop où
Under Kontrol, fort heureusement, en termine avec une ragga party qu'on imagine avoir été laborieuse. L'occasion donc de découvrir sur scène l'excellent
Ben Sharpa, sud-africain dont l'univers aux confins du grime et du hip-hop urbain nous gratifiera de quelques grosses tueries (mon dieu ce
Hegemony dix fois plus impressionnant en live qu'en version studio, rien que pour ce morceau je ne regretterai pas de m'être déplacé

), devant un
k-the-i??? tout sourire à côté de moi au premier rang et qui me filmera au passage en train de mettre l'ambiance avec son caméscope numérique, entre deux bises à des groupies féminines en mal sex-symbol grassouillet.

Charisme impeccable, flow parfait, ce
Ben Sharpa récemment signé par Jarring Effects devrait décidément faire parler de lui ces prochains mois et s'attirer les faveurs des fans de
Roots Manuva comme de
Raekwon.
Une dernière note positive donc malgré les gros lourds qui commencent à envahir les premiers rangs, agitant inconsidérément leur verre et leur pétard en se jetant dans les bras du premier venu, autant dire qu'il est temps de rentrer, sous l'impulsion bien sûr de ma moitié fatiguée. On attendra cinq minutes à la sortie un possible chauffeur à squatter mais c'est peine perdue, la soirée bat son plein et personne ne sort à part quelques types trop beurrés pour seulement savoir où ils vont, déjà une bonne douzaine d'affalés sur le trottoir en face de la grille d'entrée du Marché Gare, et qui passeront sans doute la nuit dans le coin à moins d'avoir un ami sobre pour les ramener. Nous du coup on rentrera moitié à pied moitié en taxi, un peu déçu pour ma part d'avoir manqué
Playdoe et
Bogdan Raczynski voire
Oddateee mais ça faisait un peu tard tout ça et il aurait fallu se taper la dance old-school de
Si-Begg, sans doute pas la facette la plus intéressante du bonhomme mais en l'occurrence n'est pas
Lo Fidelity Allstars qui veut.