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* * * * * 2 note(s)

[CHRONIQUE] John Zorn - In Search Of The Miraculous


10 réponses à ce sujet

#1 Le Mag

    Indie Rock Fanatic


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Posté 01 avril 2010 - 22:45

1. Prelude : From A Great Temple
2. Sacred Dance (Invocation)
3. The Book Of Shadows
4. Affirmation
5. The Magus
6. Hymn For A New Millennium
7. Journey Of The Magicians
8. Mythic Etude
9. Postlude : Prayers And Enchantment


John Zorn - In Search Of The Miraculous

A chaque sortie d'un nouvel album de John Zorn (et dieu sait qu'il y en aura cette année, au moins 12 de prévus, un par mois), revient la grande question : aura-t-on droit à de l'avant-garde hardcore foisonnante façon Naked City, à un concept album de noise frénétique et cauchemardesque à la Moonchild, à du prog mystique peut-être, des reprises de bandes originales en liberté ou pourquoi pas des choeurs yiddish comme pour son Mycale de janvier - avouons-le, pas bien excitant ?

A moins bien sûr d'avoir affaire à la facette plus mélodique et "light" du stakhanoviste new-yorkais, dont les prémices surf, latines ou tropicales révélées par surprise via The Gift en 2001 au milieu des réminiscences d'un rock psyché plus ténébreux ou incantatoire (et ne parlons pas de l'artwork, limite pervers) avaient donné lieu en 2008 aux aventures mystico-tropicalistes de The Dreamers puis l'an dernier au superbe O'o, plus ouvertement orienté vers le jazz mais tout aussi épique avec les performances des mêmes Marc Ribot à la guitare tantôt post-blues ou plus exotique, Joey Baron virtuose à la batterie sans jamais s'imposer et Cyro Baptista en percussionniste aussi subtil que discret, autour du piano ou de l'orgue virevoltants et un brin rétro de Jamie Saft plus en avant cette fois, multipliant les clins d'oeil cinématiques à Morricone (le piano sur Piopio, les claviers dissonants en retrait sur Archaeopteryx) ou Gustavo Santaolalla (la guitare sur Akialoa, ou de façon plus évidente en intro de Piopio).

Alhambra Love Song, dédié aux artistes de la Baie de San Francisco (sont notamment cités le complice Mike Patton, Clint Eastwood ou encore David Lynch) et enregistré en trio piano/basse/batterie, avait déjà confirmé quelques mois plus tôt cette envie de limpidité instrumentale et mélodique, rendant hommage au jazz pop de Vince Guaraldi ou à l'easy-listening mélancolique d'Henry Mancini. Un album "ligne claire" particulièrement frais et accessible mais d'un fausse simplicité constamment au bord de la rupture rythmique et mélodique, des morceaux tels que Pacifica, Moraga ou Larkspur convoquant même en mode acoustique, à la basse comme à la batterie, les sinuosités de Tortoise période Millions Now Living Will Never Die ou TNT.

Et c'est justement ce trio d'instrumentistes que l'on retrouve aujourd'hui sous la direction du compositeur new-yorkais : Rob Burger (entendu chez Marianne Faithfull, Antony & The Johnsons, Beth Orton ou encore Elvis Costello) au piano et à l'orgue, Ben Perowsky (instrumentiste récurrent d'Elysian Fields dont le rock ténébreux et sensuel fait de l'oeil au label Tzadik fondé par Zorn) à la batterie et aux percussions, et enfin Greg Cohen (pilier du Masada Quartet de Zorn fréquemment croisé chez Tom Waits et plus récemment au côté d'Ornette Coleman auquel le leader de Naked City a si souvent rendu hommage) à la basse acoustique et en producteur associé de l'album. En sus, on retrouve Carol Emanuel à la harpe et surtout Kenny Wollesen, dont le vibraphone cristallin déjà présent sur O'o rend le rapprochement avec Tortoise encore plus évident.

In Search Of The Miraculous, malgré les références ésotériques de ses titres, n'est donc pas une suite à l'opéra prog-metal Astronome ou aux déconstructions hystérico-satanistes de The Crucible mais bien un album de jazz. Un jazz forcément moins kaléidoscopique, plus épuré et introspectif que celui de O'o à l'image du piano de Rob Burger, mais dont les références n'ont rien de conventionnel pour autant. Car si les constantes variations de tempo et autres ruptures mélodiques évoquent parfois comme avec Alhambra Love Songs, outre Tortoise, les compos séminales du pianiste californien Dave Brubeck (cf. The Magus, pièce maîtresse de plus de 9 minutes en constante accélération et paradoxalement d'une sérénité à toute épreuve), le crescendo de phrases musicales abruptes qui en découle sur Sacred Dance par exemple rappellera davantage la tension des BO horrifiques de Goblin pour Dario Argento, avec une instrumentation élégante en lieu et place de ces synthés morbides qui semblent aujourd'hui bien démodés.

Dans le même ordre d'idées, c'est du côté de Pino Donaggio qu'il faudrait chercher une ascendance à la mélancolie post-traumatique de la mélodie de piano survolant The Book Of Shadows, une autre influence italienne de le même époque qui hante cette fois les thrillers de Brian De Palma et dont on ne s'étonnera guère de la part de Zorn, capable de reprendre Morricone avec plus ou moins de fidélité sur tout un album ( The Big Gundown en 1985, en référence au titre américain d'un western culte Sergio Sollima dont le Maestro avait composé la BO 20 ans plus tôt).

"Certes", rétorqueront les admirateurs du new-yorkais lassés pour certains de cette série easy-listening pourtant tout sauf paresseuse, sage ou même redondante, "mais est-ce suffisant pour mettre l'accent sur ce nouvel opus plutôt que sur l'un de ses prédécesseurs plus ou moins illustres qui auront toujours l'avantage d'être venus avant ?" Eh bien oui, tout simplement parce que les compos de John Zorn, finalement libéré du complexe qui semblait l'obliger à payer tribut à l'un ou l'autre de ses modèles, apparaissent ici plus spirituelles que jamais à l'image du merveilleux Hymn For A New Millennium dont le piano clair et méditatif n'a plus rien à envier aux élans poétiques du compositeur Joe Hisaishi. Des accords inquiets du prélude From A Great Temple au spleen troublant de Prayers And Enchantment il ne reste plus que la moelle, cette pure envie de laisser couler le sentiment (cf. le désarmant Mythic Etude) pour s'affirmer comme un compositeur de jazz à part entière et non pas un compositeur rendant hommage au jazz qui a bercé son évolution musicale. Et si l'on tenait là cette dernière pierre qui manquait encore à l'édifice du mythe John Zorn ?

Chronique du : 31/03/2010 - par RabbitInYourHeadlights
pour indierockmag.com


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#2 leoluce

    Indie Rock Fanatic


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Posté 02 avril 2010 - 17:30

Belle chronique. C'est vrai qu'il est vraiment très bien, ce In Search Of The Miraculous. :yes: :yes: :yes: Mais c'est vrai aussi que je souhaiterais vivement retrouver le côté furibard de Zorn sur ses prochaines sorties.
C'est ici l'air de quoi, voici venir l'être qui va sur l'air de n'être pas...

#3 RabbitInYourHeadlights

    Poxvirus Lapinus


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Posté 04 avril 2010 - 22:42

Autant cet album est un sommet autant côté Book Of Angels c'est pas la panacée cette année. Après Mycale et ses choeurs féminins rébarbatifs sur la durée c'est au tour de The Dreamers de décevoir, même si c'est plus relatif, avec Ipos, quatorzième volume des interprétations du Masada Book Two paru le 23 mars. Le sextet déjà à l'oeuvre sur The Dreamers puis O'o ces deux dernières années avait mis la barre assez haut en matière de fusions surf/jazz/tropicalia et là à première écoute, malgré les belles liberté prises par Marc Ribot à la guitare avec notamment quelques passages plus dissonants, l'album dans son ensemble sonne nettement plus redondant et "facile" (easy-listening ?), non seulement par rapport aux productions précédentes mais d'un morceau sur l'autre, la faute sans doute à ces mélodies influencées par la musique yiddish qui finissent par se mordre la queue. :oops:

#4 Pol

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Posté 08 avril 2010 - 11:17

Je viens de l'écouter à l'instant. Très bel album. Image IPB
Merci pour l'aiguillage.

#5 FredM

    Indie Rock Fanatic


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Posté 06 mai 2010 - 12:12

Bien sympa effectivement

#6 RabbitInYourHeadlights

    Poxvirus Lapinus


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Posté 13 juillet 2010 - 10:26

Voir le messageleoluce, le 02 avril 2010 - 17:30, dit :

Belle chronique. C'est vrai qu'il est vraiment très bien, ce In Search Of The Miraculous. :yes: :yes: :yes: Mais c'est vrai aussi que je souhaiterais vivement retrouver le côté furibard de Zorn sur ses prochaines sorties.


Furibard je sais pas mais inconfortable sûrement, ça mérite d'ailleurs un petit point au terme d'un deuxième trimestre 2010 bien rempli :

- on commence avec la réédition de Chimeras passée inaperçue en février, là c'est plutôt de la "musique contemporaine" atonale et dissonante, une pièce en 12 mouvements pour piano, cordes, section de vents et chant lyrique, court mais pas pour toutes les oreilles donc.

- passons à Late Works sorti en avril avec Fred Frith à la guitare électrique qui devrait réconcilier Jediroller avec le John Zorn de 2010 : du free jazz minimaliste bien noisy et dissonant dominé par un saxo torturé qui imite les cris de Patton sur Moonchild ou à peu de chose près. Très très bon à condition d'aimer les sons qui vrillent le cerveau et agressent le tympan évidemment même si l'album ménage également de belles accalmies méditatives et envoûtantes. :yes:

- avril toujours, un 15ème volet du Book Of Angels a vu le jour, par le quartet du clarinettiste klezmer Ben Goldberg entouré des habitués Greg Cohen (basse toujours), Jamie Saft (piano) et Kenny Wollesen (à la batterie cette fois) croisés du côté des Dreamers ou autour de l'Alhambra Trio. C'est Zorn qui conduit et arrange le tout évidemment, et si quelqu'un a écouté ce Baal je suis preneur d'un avis. :peace:

- plus récemment en mai on a Dictée / Liber Novus, deux pièces expérimentales kafkaïennes qui passent du plus mélodieux au plus chaotique et dissonant, un côté Mr. Bungle par moments dans les effets sonores mais en général on est plutôt dans de la musique contemporaine assez abstraite, avec l'apparition de temps à autre d'une narration en français ou en allemand. Intéressant mais sans plus pour ma part.

- enfin, petit dernier paru fin juin, The Goddess - Music For The Ancient Of Days renoue avec le jazz mystique d'In Search Of The Miraculous mais sur un mode plus easy listening, de prime abord moins tortueux et plus redonfant ne serait-ce que par les mélodies qui commencent sérieusement à tourner en rond. :oops: Dans l'absolu ça reste néanmoins superbement composé et maîtrisé pour ceux qui ne connaîtraient pas encore les chef-d'oeuvres précédents, c'est d'ailleurs plus ou moins la même équipe que l'on retrouve avec Rob Burger au piano, Ben Perowsky à la batterie, Carol Emanuel à la harpe et Kenny Wollesen au vibraphone, mais aussi (et surtout ?) Trevor Dunn à la basse et Marc Ribot à la guitare qui apportent toujours un plus non négligeable.

Et tout ça en attendant le prochain Filmworks pour trio piano/basse/batterie qui promet bien :

Citation

Called in at the last minute to score this bizarre and fascinating black comedy out of the Netherlands, Zorn responded to the stark black and white cinematography by turning in this intimate and moody score for piano trio. Brilliantly performed by Rob Burger, the fabulous pianist from Alhambra Love Songs, along with the dynamic rhythm section of Trevor Dunn and Kenny Wollesen, they capture the mood beautifully, bringing a subtle depth to Zorn's lyrical and evocative compositions. Touching upon Debussy, Glass, Guaraldi and Satie, this is a fabulously enjoyable installment of the popular FilmWorks series!


... et le DVD d'une adaptation théâtrale de l'opéra Astronome :

Citation

Richard Foreman is one of the great geniuses of modern theatre, and his dynamic staging of John Zorn's opera Astronome was one of his greatest works. Premiering in February of 2009 at his Ontological-Hysteric Theatre in the East Village, it continued its sold out run for months. Drawing upon Alchemical and Mystical imagery, the visual world Foreman created was sumptuous, provocative and mysterious. For this DVD, ten performances were captured on film from hundreds of angles and brilliantly edited by filmmaker Henry Hills, a longtime friend of both Zorn and Foreman. You can now experience this once in a lifetime presentation with a whole new intensity. Staged so as to hear the music "better and clearer" than ever, Astronome is a revolution in opera/music-theater.


... ouf. :chaud:

#7 RabbitInYourHeadlights

    Poxvirus Lapinus


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Posté 25 juillet 2010 - 22:17

Voir le messageRabbitInYourHeadlights, le 13 juillet 2010 - 10:26, dit :

- avril toujours, un 15ème volet du Book Of Angels a vu le jour, par le quartet du clarinettiste klezmer Ben Goldberg entouré des habitués Greg Cohen (basse toujours), Jamie Saft (piano) et Kenny Wollesen (à la batterie cette fois) croisés du côté des Dreamers ou autour de l'Alhambra Trio. C'est Zorn qui conduit et arrange le tout évidemment, et si quelqu'un a écouté ce Baal je suis preneur d'un avis. :peace:


Bon ben ce sera le mien et c'est vraiment très bien, du jazz klezmer mais plus jazz que klezmer et pour moi c'est forcément un bon point. :zut: (il y a même un passage free jazz et un autre plus orienté "minimalisme contemporain")

#8 RabbitInYourHeadlights

    Poxvirus Lapinus


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Posté 12 octobre 2010 - 19:54

Tiens on va peut-être enfin voir débarquer Jediroller par ici avec la sortie d'Ipsissimus mardi dernier ? :hehe: Comme tu l'annonçais par ailleurs, c'est le retour de l'équipe de The Crucible au grand complet, de Mike Patton au chant à Joey Baron aux fûts en passant par Trevor Dunn à la basse et Marc Ribot à la guitare, Zorn officiant au saxo et parfois même au piano. Toutefois je reste pour ma part sur une première écoute assez décevante, une impression d'autoparodie sans compter que ça fait même pas peur. :oops:

Mais du coup je me suis rabattu sur le dernier Filmworks paru en août, le volume XXIV intitulé The Nobel Prizewinner et c'est déjà bien plus à mon goût, dans la continuité de ses sorties jazz de l'année avec le désormais omniprésent Rob Burger de l'Alhambra Trio au piano et l'excellent Kenny Wollesen à la batterie et au vibraphone, Trevor Dunn tenant là encore la basse. Plus coulant qu'In Search Of The Miraculous, plus light et moins ambitieux du fait de cette formation réduite mais aussi par un souci constant de simplicité, le résultat s'avère néanmoins bien plus intéressant que sur The Goddess avec outre ces morceaux en flux tendu dont les mélodies virevoltantes se teintent d'influences latines ou un brin rétro, de belles plages plus mélancoliques où Rob Burger parfois seul au piano laisse éclater son penchant pour les atmosphères de spleen cinématographique - eh oui, c'est un Filmmworks - voire pour un jazz légèrement plus angoissé, en témoigne d'ailleurs ce Suicidal Tendency carrément dissonant en milieu d'album, déjouant les fausses impressions easy listening qui auraient pu s'installer entre-temps chez l'auditeur. :yes:

#9 jediroller

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Posté 12 octobre 2010 - 21:06

Voir le messageRabbitInYourHeadlights, le 12 octobre 2010 - 19:54, dit :

Tiens on va peut-être enfin voir débarquer Jediroller par ici avec la sortie d'Ipsissimus mardi dernier ?

Tant pis pour vous... je ne fais pas ça d'habitude, mais là je te prends au mot : chronique à chaud en approche !


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#10 RabbitInYourHeadlights

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Posté 12 octobre 2010 - 21:09

Voir le messagejediroller, le 12 octobre 2010 - 21:06, dit :

Voir le messageRabbitInYourHeadlights, le 12 octobre 2010 - 19:54, dit :

Tiens on va peut-être enfin voir débarquer Jediroller par ici avec la sortie d'Ipsissimus mardi dernier ?

Tant pis pour vous... je ne fais pas ça d'habitude, mais là je te prends au mot : chronique à chaud en approche !


:P j'allais balancer la sauce sur The Nobel Prizewinner côté Mag justement mais tu m'as pris de vitesse.

#11 jediroller

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Posté 12 octobre 2010 - 22:32

Au passage merci pour les corrections, du travail de pro :yes:
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