A force d'utilisation à tort et à travers, le terme "folk" a perdu de sa superbe, laissant planer l'idée d'une musique éthérée, simple sinon d'une nudité vaporeuse. Faut-il rappeler que stricto sensu, le folk est une musique inspirée du folklore nord-américain? Nous sommes bien avancé car difficile de cerner véritablement les traditions aux contours flous, entre country et square dance, banjo et harmonica, de quoi laisser le spectre des paysages états-uniens se faufiler derrière maintes compositions, pour le plaisir de certains, nombreux ces derniers temps, et le désarroi de quelques autres.
C'est donc de cette étiquette, qui me semble la plus adéquate, que j'affublerais la musique aérienne de Stranded Horse, qui a perdu entre deux albums son joli pronom biblique, si, le couteau sous la gorge, il me fallait la décrire sommairement.
Ou alors, je déciderais d'inventer un terme inédit qui définirait le travail de Yann Tambour, qui depuis le début des années 2000 trace sa partition loin des regards médiatiques et des frontières stylistiques. Oui il y serait fait mention de la topographie américaine, qui se dessine au-delà de la langue et se rencontrait déjà lorsqu'il ne chantait qu'en français (sous le nom d'Encre), mais aussi de ses aspirations mélancoliques et de ses envies d'exotisme, qui se concrétisent avec (Thee,) Stranded Horse depuis 2007 par une kora utilisée telle une guitare, mais avec ce supplément d'âme qui en fait l'instrument fétiche des griots mandingues.
Ainsi commencerait, avec cet éventuel néologisme flambant neuf, cette chronique qui évoquerait bien quelque chose à la plupart sans évidemment dire quoi que ce soit… On préciserait qu'au détour de deux titres ("Shields" et "Le bleu de l'Ether") on peut entendre le violon de Carla Palone du duo Mansfield Tya, que deci delà se glissent un violoncelle ou une guitare qui rehaussent de leurs lignes harmoniques la délicate humeur grise des chansons, souvent en langue anglaise, à deux reprises dans un français chanté comme on ne l'entend que rarement, Nous n'oublierions pas de signaler la cover des Smith et de leur "What difference does it make". Nous n'aurions bien sûr qu'effleuré l'essentiel de ce nouvel album de huit titres qui luttent contre tout format, mais on pourrait espérer néanmoins que ces quelques lignes donneraient l'envie à vous autres mélomanes aventureux, d'explorer ce "Humbling Tides" et pourquoi pas l'ensemble de la discographie de cet artiste à connaître …















