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Sujets que j'ai initiés

[CHRONIQUE] The Third Eye Foundation - Wake the Dead

15 February 2018 - 06:54

1. Wake the Dead
2. Procession for Eric
3. The Blasted Tower
4. Controlled Demolition
5. That's Why
6. Do the Crawl


The Third Eye Foundation - Wake the Dead

20 ans après un You Guys Kill Me dont l'électro-ambient dépressive et déliquescente n'a toujours pas trouvé d'équivalent à sa noirceur désespérée, Matt Eliott réveille ses démons avec un nouveau chef-d'oeuvre de son projet mutant The Third Eye Foundation.

Exit les guitares en bois, les réminiscences de folklores latin ou balkanique et la gravité du chant spleenétique qui habite des sorties sous son vrai patronyme devenues plus classiques depuis The Broken Man et ses décevants successeurs, ici c'est un bouillonnement de trip-hop indus organique et de dub dissous dans l'éther qui sous-tend l'affrontement orchestré par le Bristolien entre lumière et ténèbres, pour le salut ou la damnation de nos âmes.

Du haut de ses 13 minutes 45, le morceau-titre donne le ton : entre une drum machine liquéfiée et une batterie désarticulée (respectivement opérées par David Chalmin et Raphaël Séguinier du trio franco-italien de post-rock dronesque Triple Sun) s'opposent saturations viciées et cuivres mythologiques, choeurs sacrés et vocalises aliénées de goules sardoniques, ces dernières prenant finalement le dessus à mesure que ce Wake the Dead sombre dans un chaos de bruissements dépravés.

Dans la foulée, Procession for Eric voit néanmoins les cieux regagner du terrain grâce au violoncelle élégiaque de Gaspar Claus et aux lamentations d'une chorale d'anges rédempteurs qui deviendront porteurs d'espoir sur The Blasted Tower, dans un même maelström rythmique aux remous glitch plus downtempo voire paradoxalement presque olympiens. Mais cet espoir est de courte durée car au piétinement dubstep lancinant de Controlled Demolition succèdent exclamations malaisantes ("I hate them fucking pigs !") et déstructurations minimales sur le nihiliste That's Why, avant que la connexion ne se fasse finalement entre le monde des vivants et celui des trépassés avec un Do the Crawl bourdonnant d'une chorale de damnés maintenus dans les rangs par les liturgies de guerriers ailés qui semblent ferrailler pour un équilibre précaire entre décadence et vertu.


Quelque part entre la narration sensorielle foisonnante de The Dark, la mélancolie erratique et hantée de Little Lost Soul, les abysses tourmentés de Ghost et les hybridations ambivalentes de You Guys Kill Me, Wake the Dead est pourtant loin d'un album-somme. Cousin des cauchemars électro-indus d'un JK Broadrick qui aurait pris goût au classique contemporain, ce sixième opus en tant que 3EF de l'auteur de The Mess We Made est un nouveau chapitre - certainement l'un des plus beaux et dérangeants - dans la confrontation de son auteur avec ses cauchemars, ses angoisses et les affres du subconscient, dont on espère qu'il sortira vainqueur assez longtemps pour accoucher de cinq ou six autres joyaux noirs de cet acabit.




L'album sort le 30 mars en vinyle et CD avec la version digitale immédiatement téléchargeable pour toute pré-commande.

Chronique du : 14/02/2018 - par RabbitInYourHeadlights
pour indierockmag.com


Les harsh-droneux slovènes de Cadlag offrent 30 téléchargements gratuits de leur nouvea...

03 February 2018 - 12:02

Certains groupes qui se moquent bien des contingences de la promo et du music business nous font systématiquement le coup : sortir un album fin décembre alors que les bilans de l'année battent leur plein, passant au travers des mailles des rares filets suffisamment larges pour pouvoir repêcher leurs expérimentations massives et singulières. Comme en témoignait leur Live Tape abyssale au harsh futuriste et barbelé à l'approche de Noël 2013, Cadlag est de ceux-là. Et voilà que sort 4 ans plus tard presque jour pour jour une seconde performance live enregistrée quelques mois tout juste après la première, avec le même line-up mais cette fois à Votivkirche, la fameuse Église Votive de Vienne en Autriche, dont l'espace architectural et la reverb naturelle servent forcément les progressions insidieuses et de plus en plus abrasives de la piste unique d'une quarantaine de minutes constituant cette nouvelle improvisation couchée sur sillons. Un pugilat de machines et guitares à huit mains encore plus imposant et malaisant que le précédent, qui déverse peu à peu son blizzard d'échardes analogiques et ses murs de bruit blanc viciés dans nos tympans sur fond d'épaisses couches de drones sépulcraux et de synthés irradiés, pour ce qui ne manquerait pas d'être une parfaite mise en son de l'architecture néo-gothique des lieux si la cathédrale en question s'élevait sur une pile de cendres et d'os broyés dans un décor post-apocalyptique aux nuits sans fin.

Cette fois néanmoins, cerise sur le gâteau, c'est en Blu-Ray que sort ce live filmé et si vous appréciez la performance audio radicalement immersive aux allures de tempête de clous rouillés sous un crâne corrodé que l'on vous offre ci-dessous, vous aurez sans doute des envies d'images après avoir jeté un œil au trailer qui suit :


Auquel cas, c'est par ici et pour 10 petits euros que la rondelle de plastique vous sera envoyée par le label Pharmafabrik, instigateur de cette rencontre entre son patron Simon Å erc aka PureH (ce morceau pour notre compil IRMxTP Part II, c'était lui, et l'excellent CMBR sorti l'an dernier également), Neven M. Agalma (dont on attend impatiemment le retour en tant que Dodecahedragraph et la prochaine sortie d'Ontervjabbit avec son compère Domen Učakar/Lifecutter), Dejan Brilj (bassiste de feu Extreme Smoke) et un certain Boris Laharnar (Sevenborn).


Pour télécharger gratuitement l'album, cadeau du label à vos serviteurs, rendez-vous à l'adresse http://cadlag.bandcamp.com/yum et entrez l'un des codes suivants... s'il en reste de valides au moment où vous découvrez cette news évidemment !

- Codes de téléchargement :

3zpj-jl5s
wt97-ye2d
skyd-b7wh
s3kp-xvl5
sdyg-58pr
ufx4-b9ja
x5cq-wz9b
q6j7-ct6x
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Photos : Cadlag à Votivkirche en mai 2014 lors de la session d'enregistrement.

News du : 3/02/2018 - par RabbitInYourHeadlights
pour indierockmag.com


[CHRONIQUE] The Luxembourg Signal - Blue Field

29 January 2018 - 14:02

1. There's Nothing More Beautiful Than a Well-Made Machine
2. Atomic No. 10
3. Antarctica
4. Blue Field
5. Shipwreck
6. Are You Numb'
7. Fall Feeling
8. Slow Delayed Heart
9. Laura Palmer Voir la vidéo The Luxembourg Signal - Laura Palmer
10. What You're Asking For


The Luxembourg Signal - Blue Field

En 2014, The Luxembourg Signal sortait un premier album homonyme qui s'inscrivait déjà dans la mouvance shoegaze, si bien que dans nos colonnes, la comparaison avec My Bloody Valentine était évoquée. Au regard de son prédécesseur, Blue Field explore peut-être davantage le sillon noisy-pop si bien que, nécessairement, les aïeuls du mouvement baliseront cette chronique.

Le combo composé de membres d'Aberdeen et Trembling Blue Stars ouvre ce recueil de dix compositions s'étendant sur 41 minutes avec la puissance de There's Nothing More Beautiful Than A Well-Made Machine dont les riffs électriques autant que la voix de Beth Arzy ponctuent les déambulations sonores qui s'étoffent petit à petit et viennent finalement percuter l'auditeur de plein fouet dans un capharnaüm organisé.

L'aspect vaporeux prégnant sur la dernière partie de ce morceau trouve son pendant sur le Atomic N° 10 suivant, ballade électrique aux faux-airs de Ride tandis que les rêveries éthérées de Beth Arzy se lovent, à la manière de certains titres du dernier Slowdive, dans l'ambiance combustible des guitares d'Antarctica.

Plus pop et rythmé, Blue Field s'ancre davantage avec ses synthétiseurs ouverts aux quatre vents dans la continuité des Pale Saints ou même de Lush. Avec sa batterie martiale aux retentissements espacés, Shipwreck constitue une pause langoureuse mais pas complaisante offrant une respiration avant un Are You Numb' au débit plus enlevé et aux préoccupations électriques synonymes d'une revendication plus prégnante.

Toujours hanté par le spectre de Slowdive, mais davantage celui de Souvlaki, Fall Feeling s'appuie sur des boucles de guitare et une batterie qui jouent leurs partitions respectives sans bouger d'un iota, créant un phénomène hypnotique diversifié par des apparitions synthétiques distordues et une voix saturée.


La transition Slow Delayed Heart laisse ensuite place à Laura Palmer. En 2017, évoluer dans un registre vaporeux tout en faisant des clins d'œil à Twin Peaks ne peut pas être considéré comme une transgression quelconque et ne relève évidemment pas de l'avant-gardisme. Pour autant, la cohésion entre les différentes parties instrumentales et vocale est telle qu'il serait vain de considérer le moindre opportunisme dans cette démarche et ce titre, plus long de l'album et premier single de celui-ci, est un grower en puissance, sa progression semblant commune de prime abord avant de délivrer des subtilités et un charme évidents.

Plus que le What You'Re Asking For final et éthéré, c'est bien ce Laura Palmer qui résume le mieux ce deuxième effort de The Luxembourg Signal. Assumant le fait de s'inscrire dans un mouvement autrefois raillé et désormais à la mode, le combo s'intéresse davantage aux atmosphères qu'à l'érection de schémas particulièrement novateurs. Et franchement, quand la besogne est aussi bien réalisée, il serait fort dommage de ne pas s'en contenter.

Chronique du : 29/01/2018 - par Elnorton
pour indierockmag.com


[CHRONIQUE] Tchewsky & Wood - Chapter One EP

28 January 2018 - 15:53

1. Walking Dead
2. Amazon
3. Love, She Said
4. Nié Platchtyé / Не плачьте
5. Robin Redbreast


Tchewsky & Wood - Chapter One EP

Le post-punk de Tchewsky & Wood est tout aussi retors que séduisant et l'écouter, c'est immédiatement l'adopter (et réciproquement). Sale bête.

Cinq pauvres petits morceaux. Non, ce n'est pas vrai. On recommence. Cinq morceaux, donc. Ni pauvres, ni petits. Il n'en faut pas plus à Tchewsky & Wood pour habiter durablement la boîte crânienne. En ce qui me concerne, ils s'y sont faits un trou à la fin de l'été, à la faveur d'un chouette concert en plein air organisé dans une bastide lot-et-garonnaise et n'en sont pas ressortis depuis. Le maître des lieux, l'irréductible, tenace et toujours très sûr dans ses goûts Johnny Kézako, à la tête de l'association du même nom, m'avait prévenu : « Il y a du Grace Jones, un peu d'Hyperculte et du Joujou Duo aussi. » Je ne m'attendais à rien et donc un peu à tout mais certainement pas à ça.

Sur la scène, une guitare et des toms basse en pagaille, de l'électronique aussi. Derrière le micro et l'une des batteries, Marina Keltchewsky, un joli brin de fille qui chante puissamment ses propres textes en français, russe, rromani ou anglais, des langues qu'elle a abordées au fil des nombreux pays dans lesquels elle a posé ses valises (du sud de l'Amérique à l'est de l'Europe en passant par le nord de l'Afrique), une technique vocale héritée de ses années passées à chanter le folklore russe tzigane et balkanique et un maniement plutôt tribal des toms. Derrière l'autre batterie, cerné de quelques claviers, Gaël Desbois, un musicien au pedigree maousse qui a joué avec Miossec, Dominic Sonic ou Laetitia Shériff entre autres, a été membre fondateur de Del Cielo ou Mobiil et participe encore à tout un tas de projets annexes et connexes (de la création musicale pour théâtre à son solo Chasseur en passant par Volgograd). Voilà pour le noyau dur du duo Tchewsky & Wood. Et puis derrière la guitare, Maxime Poubanne dont l'apport n'est pas des plus minces.

Un concert tout à la fois sec et enveloppant où le groupe rejoue plusieurs fois les mêmes morceaux mais avec de telles variations dans l'interprétation que l'on ne s'en rend pas forcément compte. Il y a du Grace Jones, c'est vrai (de ce que j'en connais - c'est-à-dire très peu - dans la voix grave et ample, dans l'électronique décadente et capiteuse), de l'Hyperculte et du Joujou Duo, c'est vrai aussi (dans la sécheresse, dans le mélange et les voies de traverse) et puis également une grosse vibration post-punk à décorner les squelettes. C'est très froid mais aussi bizarrement chaud en permanence. C'est très sec et dans le même temps, très luxuriant. La voix manie l'emphase (Tchewsky est aussi comédienne) et quand on se dit qu'elle en fait trop, on se rend compte l'instant d'après à quel point elle en fait au contraire juste assez. Les martellements des toms apportent un côté hypnotique et l'on se retrouve très vite piégé dans la pulsation. L'électronique partout crée un climat synthétique tout à la fois solennel et enveloppant. La guitare extirpe des riffs froids et élégants de son ampli et l'ensemble enferme complètement. On ne connaît pas encore les titres mais on en repère néanmoins quelques-uns qui, immédiatement, se ruban-adhésivent au cortex. On apprendra plus tard qu'ils s'appellent Lion (In A Soviet Zoo) ou Love, She Said. À la fin, on n'a qu'une hâte, se procurer un disque. Manque de bol, il n'y en a pas. Et le lendemain, sur la page bandcamp du duo, on découvre un E.P. vendu au remarquable prix de 999 €. On aime certes mais on compte aussi, on attendra donc un peu.


Eh bien, l'E.P. sort ces jours-ci. Il s'appelle fort justement Chapter One et on espère qu'il y en aura plein d'autres à sa suite, ainsi que des albums. Ça commence fort avec Lion (In A Soviet Zoo), grand morceau où l'électronique de Wood, glacée mais aussi irradiante, mord en ressac le lit tribal de la batterie. La mélodie est à tomber et par-dessus se déploie la voix impérieuse de Tchewsky, toujours grave et increvable, rehaussée de chœurs synthétiques lointains. L'ensemble a beaucoup de coffre et de fond, beaucoup de rugosité aussi (l'électronique musclée), alors que les fondations sont plutôt simples sans être le moins du monde simplistes : des nappes et des percussions. Vient ensuite Amazon, d'abord murmuré mais très vite déclamatoire, hanté par une guitare élégante égrainant ses notes froides avant de (légèrement) montrer les crocs au diapason de la voix de plus en plus puissante. On se maintient tout en haut des cimes, c'est tendu et franchement captivant et alors que l'on se dit que l'on ne va pas tarder à redescendre, voilà que débarque le magnifique Love, She Said. Grosses gouttes synthétiques et nappes increvables en avant, groove robotique qui renvoie à Suicide et toute l'humanité d'un grain de voix dont on sent qu'il en a vu d'autres. Il y a de la morgue là-derrière et quand Tchewsky déclame ses « kiss my fingers, my eyes, my brain », on n'a pas le choix, on s'exécute.

On ne saisit pas un traître mot de Nié Platchtyé / Не плачьтеNe pleure pas » en Russe ?) mais on en saisit toutefois parfaitement le message. Le morceau est insurrectionnel, il gonfle et gonfle encore, l'électronique se muscle en renfort de la guitare au fur et à mesure que les cris finissent par tout recouvrir. Même chose du côté de l'impérial Robin Redbreast, triste à mourir mais loin d'être défaitiste, qui fait très vite mentir son entame posée en balançant in fine toute sa puissance en occupant toute la largeur du spectre avant de complètement se recroqueviller sur lui-même. Un morceau qui clôt parfaitement un Chapter One magistral où le post-punk dans son versant cold wave n'est jamais complètement froid et encore moins dramatiquement chaud. La tristesse, bien que très présente, n'est jamais non plus définitive. Bref, l'ensemble se montre tout à la fois racé et fortement nuancé et derrière le côté tout-terrain et increvable de la musique se cache en réalité une vraie complexité.

Cinq morceaux donc, pour un peu plus de vingt minutes mais du genre à s'arrimer durablement, du genre que l'on écoute en boucle, qui rassurent quand on ne va pas bien et qui donnent envie de cracher sur cette chienne de vie car, avec eux, on a l'impression d'être plus fort qu'elle. Ce n'est pas rien. D'autant plus quand il ne s'agit somme toute que d'un tout premier témoignage.

Vite vite, la suite.

Chronique du : 28/01/2018 - par leoluce
pour indierockmag.com


[CHRONIQUE] Julien Pras - Wintershed

26 January 2018 - 16:40

1. Hurry Kane
2. Divine Spark Voir la vidéo Julien Pras - Divine Spark
3. Shallow Grooves
4. Horses In Disguise Voir la vidéo Julien Pras - Horses In Disguise
5. Charles House Infirmary
6. Hired Mourners
7. Wintershed
8. My Loyal Partner
9. On Trial
10. Green Planets
11. The Great Devise


Julien Pras - Wintershed

Ancien membre de Calc, Pull ou Victory Hall, Julin Pras officie encore au sein de la formation Mars Red Sky qui produit un rock brutal. Mais que l'on ne s'y trompe pas, aucun de ces projets collectifs n'égale la majesté et la grâce des compositions que concocte Julien Pras sous son propre nom.

Depuis 2010 et la sortie de Southern Kind Of Slang, avant d'enchaîner avec Shady Hollow Circus trois ans plus tard, le Bordelais développe une folk psychédélique dont les mélodies aussi bien que les arrangements sont aussi désarmants qu'imparables.

Souvent comparé à Elliott Smith et Brian Wilson, Julien Pras ne fait rien, sur ce troisième long-format intitulé Wintershed, pour inverser la tendance. A vrai dire, il n'a jamais caché ces influences, particulièrement la seconde, assumant le fait d'avoir passé une année scolaire entière à décortiquer les chansons des Beach Boys pour se les approprier.

Et s'il faudrait sans doute plus d'une vie pour découvrir toutes les subtilités que possèdent les titres d'un Pet Sounds, Wintershed n'est pas en reste. Les harmonies stimulantes révèlent de nouveaux détails à chaque écoute, à l'image d'un Divine Spark envoûtant à situer entre les univers d'Elliott Smith et Caetano Veloso.


Et finalement, sur cette première moitié de disque, plus que ses deux aînés, c'est Sufjan Stevens qui constitue peut-être la référence la plus évidente. Shallow Grooves et Charles House Infirmary en constituent les exemples les plus flagrants au regard de la voix de plus en plus pastorale de Julien Pras et de l'apparition régulière de chœurs hédonistes assurés par sa compagne Helen Ferguson.

Placé en milieu de disque, Hired Mourners constitue une respiration autant qu'une césure. Cette ballade au piano ralentit le rythme et prépare le terrain pour une seconde partie d'album plus mélancolique encore que la première. Wintershed débute dans cette veine avec de délicats arpèges de guitare autour desquels se love une voix qui semble même s'approprier quelques tics vocaux d'Elliott Smith.

Mais il n'est pas question de pastiche. Certes, le jeu de guitare de On Trial rappelle celui de l'auteur de Either/Or, mais les constructions de Julien Pras sont atypiques. Si elles s'appuient sur une matière similaire à celles affectionnées par ses talentueux aînés, il en fait quelque chose d'à la fois neuf et intemporel. En termes de son, la différence n'est pas frappante - ce qui constituerait un compliment infini pour bien des musiciens - mais la construction de ces titres leur permet de diffuser des émotions bien singulières.

Avec le The Great Devise final, Julien Pras achève cette oeuvre personnelle avec un titre aussi délicat que bouleversant, sans jamais être sirupeux. Arpèges de guitare en bois, voix habitée et accords succincts au piano accompagnent les montagnes russes émotionnelles d'un disque élégant, volontairement plus simple et imparfait que ses prédécesseurs qu'il surclasse finalement en refusant plus que jamais de déconnecter son cœur et son intellect.

Chronique du : 26/01/2018 - par Elnorton
pour indierockmag.com