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Sujets que j'ai initiés

[CHRONIQUE] Leonis - Europa

18 August 2018 - 09:48

1. Prodgorica
2. Stockholm
3. Tirana
4. Vienna
5. Zagreb
6. Sofia
7. Lisboa
8. Helsinki
9. Sarajevo
10. Budapest
11. Kiev
12. Athens
13. Vilnius
14. Praha
15. Berlin
16. Valletta
17. London


Leonis - Europa

"A la recherche du sample perdu ! Europa est un voyage sur une longue route dont le terminus est en nous-même". Et si la chronique s'arrêtait ici ?

Cela serait sans doute manquer de respect à Leonis, qui fait partie de ces artistes qui gagneraient tellement à être connus d'un public plus large. Ne tuons donc pas dans l'œuf la possibilité de défendre la dernière production d'un Français qui semble ici au sommet de son art.

Polyvalent - il est également plasticien et signait ainsi la pochette du premier volet de notre compilation hommage à Twin Peaks qu'il terminait avec un On Reinig Road fascinant et réutilisé ici sous le titre Helsinki - Leonis ne se trompe pas lorsqu'il s'agit de décrire son univers. Alors encore une fois, à quoi sert le chroniqueur ?

Peut-être à offrir modestement un écho à un artiste de talent qui ne s'apprécie que lorsque l'on accepte de retirer ses œillères. Il faut en effet accepter de voir plus loin que le bout de son nez et d'être bousculé dans ses habitudes à l'écoute des sifflements d'un intriguant Sofia ou des rires soutenus et exagérés d'un Kiev en forme d'offrande à un peuple qui compte actuellement les occasions de se fendre la poire.

Décrit à juste titre l'an passé comme "onirique" à l'époque où Leonis travaillait encore sur le projet, Europa est tout sauf convenu et le tour de force de Leonis réside dans sa capacité à conjuguer l'originalité et la simplicité. Aucun morceau ne s'achève de la manière imaginée par l'auditeur, mais ces contre-pieds ne sont jamais vécus comme des attaques ou des trahisons. Le Français crée un jeu de pistes dans lequel il est évident et même réjouissant de s'aventurer.

Leonis s'oriente de plus en plus vers un hip-hop qu'il met à l'honneur sur Leo & Pipo Music, label dont il est le fondateur. L'écoute approfondie des compositions de Dodie Manta semble avoir orienté le Parisien vers un "hip-hop triste", tel qu'il le définit lui-même, que ce soit sur Valletta ou l'introductif Podgorica.


Quelques éléments plus classiques voire presque pop percent néanmoins, comme sur l'enthousiasmant Sarajevo qui semble s'inspirer de la boucle principale au piano du Colorblind des Counting Crows, convoquant finalement une atmosphère mêlant grâce, mélancolie, étrangeté et résilience. Un savant mélange représentant brillamment ce qu'est la capitale détruite par les bombes il y a à peine plus de vingt ans.

A l'instar d'un Lisboa mêlant musique d'épouvante et fulgurance jazzy, l'étrangeté reprend finalement toujours le dessus et, telles les aiguilles qui s'accumulent sur une poupée vaudou, ces fulgurances peuvent être considérées autant comme des excroissances que comme des corps étrangers, rappelant parfois dans la démarche Dr Geo et ses expérimentations enthousiasmantes (Stockholm).

Sur Europa, la musique concrète de Leonis se nourrit donc de beats polis mais toujours contondants aux entournures, de samples savamment produits et d'un soupçon de mélancolie transmise par des sonorités parfois difficiles à décrire tant l'association qui en résulte est improbable. Mais jouissive. N'ayons pas peur des mots, il faut une bonne dose de génie pour accoucher de pareil ovni.

Chronique du : 17/08/2018 - par Elnorton
pour indierockmag.com


Playlist IRM #11 - 'Best of 1er semestre 2018, 3/3 : 20 instrumentaux' par Rabbit

16 August 2018 - 23:04

Puisque la 3e partie de mon bilan semestriel se passe de mots, je me contenterai de quelques liens vers les chroniques des disques dont sont extraits ces 20 instrumentaux assez dark et plombés dans l'ensemble à quelques exceptions près (du lyrisme de Brandon Locher et Tangents aux fééries de mr. hong et Funki Porcini). Pour en entendre et en apprendre davantage si affinité, c'est donc par là :

- The Third Eye Foundation - Wake the Dead
- Terminal Sound System - The Endless Sea
- Jute Gyte - Penetralia
- Wizards Tell Lies - Bad Nature
- Kingbastard - Double Agents EP
- HAN - Tuning the Invisible
- Paulie Jan - Yukio (A Brief Sonic Evocation) EP
- Funki Porcini - The Mulberry Files
- Tangents - New Bodies
- Rabbi Max - Transatlantic EP
- Amantra - Dawn Of The Fourth Stage
- Subsea - Bleak Heath EP
- Ekca Liena - Gravity and Grace
- Skee Mask - Compro
- Brandon Locher - EP1
- Ari Balouzian & Ryan Hope - Mood of the Era Vol. 1
- mr. hong - one year later EP
- Monolog - Indemnity and Oblivion
- From the Mouth of the Sun - Sleep Stations EP
- aMute - Some Rest




Artwork : Cezary Gapik.

News du : 16/08/2018 - par RabbitInYourHeadlights
pour indierockmag.com


Playlist IRM #10 - 'Best of 1er semestre 2018, 2/3 : 20 chansons' par Rabbit

03 August 2018 - 10:15

Contrairement au hip-hop de la sélection précédente pas de track by track cette fois et pour cause, une majorité de ces titres font partie d'albums chroniqués dans nos pages au gré du semestre écoulé, quant aux quelques disques passés entre les mailles du filet faute de temps ou d'inspiration, ils finiront sûrement par l'être.

Une fois de plus, entre pépites issues de sorties relativement décevantes (Eels, Bill Baird) et climax de chefs-d'oeuvre pur jus (Kira Kira, The Midnight Hour - le nouveau projet d'Adrian Younge et de l'ex ATCQ Ali Shaheed Muhammad), merveilles atmosphériques aux arrangements poignants (Anne Garner, Hammock), fééries électroniques (Arms & Sleepers, Cut Chemist feat. Laura Darlington) et singularités oniriques made in France (Judah Warsky, Gontard, Töfie), sérénades pour guitares en bois (The Innocence Mission, Jess Williamson, ou encore Chantal Acda avec le morceau de clôture du vol. 15 de notre compil IRMxTP) et tubes indie rock noisy voire lo-fi (E aka Thalia Zedek et compagnie, Marc Ribot, Le Crapaud et la Morue), lyrisme revigorant (Gruff Rhys) et complaintes plombées (The Body avec l'envoûtante Chrissy Wolpert au micro, Carla Bozulich), le résultat n'a d'autre prétention que vous faire partager quelques-uns des morceaux - chantés, donc - qui m'ont le plus accompagnés et touchés cette année dans des genres divers et variés.

Bonne écoute !

News du : 3/08/2018 - par RabbitInYourHeadlights
pour indierockmag.com


Nouveau single pour Neneh Cherry, coproduit par Four Tet et 3D

01 August 2018 - 17:01

“Love is big in every land / every nation seeks its / friends in France and Italy / and all across the seven seas / and goddamn guns and guts and history / and bitter love still put a hole in me” chante sur son nouveau single Kong, lâché en vidéo aujourd'hui, une Neneh Cherry toujours aussi désespérée par l'état du monde dans lequel nous vivons presque un quart de siècle après le tube 7 Seconds.

Le morceau est produit par Four Tet et Robert '3D' Del Naja de Massive Attack, soit d'un côté le metteur en son de son dernier opus en date, le très chouette quoiqu'un peu inégal Blank Project (2014) et de l'autre celui qui contribua à lui mettre le pied à l'étrier en produisant le fabuleux Manchild sur son premier album Raw Like Sushi il y a près de 30 ans déjà, une chanson en forme d'ébauche du Blue Lines à venir alors que les futurs Massive Attack s'appelaient encore le Wild Bunch.

Kong n'aurait d'ailleurs pas dépareillé sur le Protection de ces derniers tant la paire est en phase pour offrir à la Suédoise un écrin dub mêlant l'hypnotisme organique du beat cher à Kieran Hebden et cet art des arrangements évanescents développé par 3D depuis 100th Window, mettant en avant le vibrato soul de la diva avec la même clarté que les voix d'Hope Sandoval ou Liz Fraser avant elle.

Quant au clip signé Jenn Nkiru, en charge notamment des visuels du nouvel album du jazzman Kamasi Washington, il est au demeurant superbe, à la mesure de la présence de la quinquagénaire qui n'a guère pris plus de rides que sa voix le laisserait penser :


Pas d'informations par contre sur un éventuel nouvel album mais on sait cependant que la tournée de la chanteuse passera par Paris au Café de la Danse le 26 septembre prochain, c'est déjà pas mal... surtout si elle venait à se risquer à quelques extraits du génial Laylow de cirKus ou de l'aventureux The Cherry Tree, sa collaboration avec The Thing d'il y a quelques années.

News du : 1er/08/2018 - par RabbitInYourHeadlights
pour indierockmag.com


[CHRONIQUE] Optiganally Yours - O.Y. In Hi-Fi

31 July 2018 - 17:33

1. Theme from O.Y.nisqatsi
2. How Do You Feel ?
3. Whomever Watches You Sleep
4. Pirates And Monkeys
5. Hope In Your Eyes
6. Martin (midori2tree)
7. Lemons And Tacos
8. Too Close To The Sun
9. Night Shop
10. Prelude to O.Y.nisqatsi
11. O.Y.nisqatsi
12. Bionic Whale
13. This Heart


Optiganally Yours - O.Y. In Hi-Fi

Drôle d'été, décidément. Cachant un nouvel album d'Optiganally Yours dans les plis de ses circonvolutions mercurielles. Et vous savez quoi ? Il est génial.

On ne s'attendait vraiment pas à retrouver Optiganally Yours. Pas de nouvelles depuis Optiganally Yours Presents : Exclusively Talentmaker ! qui nous ramène tout de même quelques dix-huit années en arrière. Qu'était-il advenu de l'art étrange et singulier de Pea Hix et Rob Crow consistant à extirper des bombinettes pop et sexy d'un parterre joliment ringard ? Pour rappel, chez Optiganally Yours, on aime annoncer la couleur. La pièce-maîtresse autour de laquelle tout s'articule se trouve être l'optigan, instrument bizarroïde commercialisé par Mattel à l'orée des '70s. Fruit de l'accouplement d'un orgue avec un tourne-disque, le rejeton se montre tout à la fois moche et irascible : on y insère un « Optigan Program Disc » pré-enregistré selon l'ambiance recherchée - « Pop Piano Plus Guitar », « Latin Fever », « Songs of Praise », « Country Style Pak » et j'en passe - et on pianote sur le clavier de trois octaves comme un Charly Oleg primitif. Le hic, c'est qu'à la longue, l'Optigan Program Disc (en acétate) sonne comme un vieux phonographe au bout du rouleau (ça crachote, ça claque et ça chuinte) et qu'il est dangereux de varier le tempo sous peine de ne jamais le retrouver. Bref, s'appuyer sur un truc pareil est une véritable gageure. Mais Pea Hix et Rob Crow n'en ont cure, c'est même ce qu'ils recherchent, maladivement acquis à la cause de cet ancêtre du sampler qui n'obéit ni au doigt ni à l'œil. Cette fois-ci, le duo a pu s'amuser en utilisant des milliers de boucles archivées qui n'ont jamais été publiées sur les disques du programme Optigan originel. Comme ces enregistrements étaient des enregistrements de studio hi-fi, va pour O.Y. In Hi-Fi.

N'ayant rien perdu de son art du haiku musical où la créativité naît de la contrainte, Optiganally Yours reste fidèle à son credo et met sur pied un album tout à la fois kitsch et irrésistible. Pea Hix maîtrise l'optigan, Rob Crow, le songwriting grande classe qui s'empare de tout et n'a peur de rien (et surtout pas du ridicule) et jamais l'un ne s'efface au profit de l'autre. Même lors des moments les plus péraves et embarrassants - au hasard, les breaks d'accordéon grotesques de Lemons And Tacos - on reste magnétisé par la grande tenue de l'ensemble. On est en permanence à la limite du second degré mais Optiganally Yours se refuse pourtant à tomber dans les affres de l'ironie facile et les morceaux demeurent strictement authentiques, c'est bien pour cela qu'ils fonctionnent si bien. Ces deux-là ne se moquent jamais de leur musique, encore moins de son élément central, l'optigan, et s'emparent de cet environnement désuet pour exprimer avant tout ce qu'ils ont au plus profond. On rigole parfois certes, mais on est plus encore attentif à ce qu'il se passe, à ce que l'on reçoit. Les nappes imposantes qui ouvrent Theme From O.Y.nisqatsi posent tout à la fois le décor et s'en détachent. Il n'y a aura rien de plus grandiloquent dans le disque mais rien de moins saisissant non plus. D'ailleurs, par trois fois, on retrouve disséminé dans l'album ce « O.Y.nisqatsi » (après le thème viendra le prélude puis l'éponyme) probablement inspiré de la trilogie de Godfrey Reggio mise en musique par Philip Glass. Une trilogie dont la première occurrence ne devait pas porter de titre puisque « le langage n'est plus capable de décrire le monde dans lequel nous vivons » (alors que ses films le pouvaient) et qu'il a, pour des raisons légales, fini par nommer tout de même en s'appuyant sur la langue des Hopis qui n'existe qu'à l'oral (et qui n'a donc pas le bagage culturel propre à l'écrit).


De là à dire qu'Optiganally Yours peut se targuer d'être à même de décrire le monde, il y a un pas que l'on ne franchira pas bien que l'on en ait très envie. Après tout, les deux farceurs en imposent en s'appuyant sur de la pacotille, tirent une profondeur insoupçonnée d'une armada de sonorités légères et ce faisant, ouvrent grand leurs bras à la complexité : un bon résumé du bordel ambiant tout de même. En outre, ce morceau d'ouverture permet de bien comprendre le « hi-fi » du titre car jamais Optiganally Yours n'a si bien sonné. Juste après, How Do You Feel se montre plus sautillant, presque primesautier mais conserve néanmoins ce nouvel éclat sonore et il en sera de même jusqu'à la toute fin. Qu'ils s'appuient sur des éléments tropicalistes (Pirates And Monkeys, Bionic Whale), déterrent le pire du pire de la muzak (Martin (midori2tree)) ou en appellent au génie des alpages (Lemons And Tacos), les morceaux adoptent un grain très actuel alors qu'ils sont bâtis sur une technologie obsolète. On a même du mal à reconnaître l'optigan mais il ne fait pourtant aucun doute qu'il est bel et bien là tant O​.​Y. In Hi​-​Fi demeure étrange et mystérieux. Pour preuve, ces Whomever Watches You Sleep, Too Close To The Sun ou This Heart, pétris d'intentions contradictoires mais s'inscrivant immédiatement sous la peau. La palme sans doute pour le merveilleux Night Shop, meilleur morceau de Pinback depuis des lustres mais un Pinback qui aurait camouflé son habituelle amertume sous un vernis encore plus solaire et multicolore qu'à l'accoutumée. Rien à faire, on reste captif de cette poignée de morceaux mortels bien après que le dernier souffle de O​.​Y. In Hi​-​Fi s'est tu.

Chronique du : 31/07/2018 - par leoluce
pour indierockmag.com